L'impôt sur les sociétés (IS) frappe les bénéfices réalisés par les sociétés de capitaux (SARL, SA, SAS…) et certaines autres personnes morales. C'est, avec la TVA et l'IR, l'un des trois piliers de la fiscalité marocaine. Depuis la Loi de Finances 2023, son barème a été profondément réformé : 2026 est l'exercice où cette réforme atteint sa cible, avec des taux désormais stabilisés. Faisons le point complet.
Le barème IS 2026 par tranche
Pour les exercices ouverts à compter du 1ᵉʳ janvier 2026, l'article 19-I du Code Général des Impôts fixe les taux suivants :
| Profil de la société | Bénéfice net fiscal | Taux 2026 |
|---|---|---|
| Cas général (droit commun) | Inférieur à 100 000 000 DH | 20 % |
| Grandes entreprises | Égal ou supérieur à 100 000 000 DH | 35 % |
| Secteur financier * | Quel que soit le bénéfice | 40 % |
* Établissements de crédit, Bank Al-Maghrib, Caisse de Dépôt et de Gestion (CDG), entreprises d'assurances et de réassurance.
La très grande majorité des entreprises marocaines — TPE et PME — relève du taux de droit commun de 20 %, le bénéfice de 100 millions de dirhams étant un seuil que seules les très grandes structures atteignent.
Un impôt proportionnel : attention à l'effet de seuil
Depuis la Loi de Finances 2022, l'IS marocain est un impôt proportionnel, et non progressif. Cela change tout : un seul taux s'applique à la totalité du bénéfice net fiscal, en fonction de la tranche atteinte — et non tranche par tranche comme pour l'impôt sur le revenu.
Une société dont le bénéfice passe de 99 999 999 DH à 100 000 000 DH voit l'intégralité de son résultat basculer de 20 % à 35 %. Le franchissement du seuil de 100 M DH a donc un impact massif : il justifie une planification fiscale attentive en fin d'exercice.
À l'inverse, lorsqu'une société soumise au taux de 35 % repasse sous les 100 M DH, elle ne retrouve le taux de 20 % que si son bénéfice reste inférieur à ce seuil pendant trois exercices consécutifs (article 19-I du CGI).
La réforme 2023-2026 en bref
La Loi de Finances 2023 (n° 50-22), en application de la loi-cadre n° 69-19 portant réforme fiscale, a instauré une convergence progressive sur quatre exercices (2023 à 2026). L'objectif : remplacer l'ancien barème par tranches (10 %, 20 %, 31 %…) par un système simplifié à taux cibles unifiés.
Concrètement, les taux ont évolué chaque année jusqu'à atteindre en 2026 leurs valeurs définitives de 20 %, 35 % et 40 %. Si vous consultez des barèmes antérieurs (2023, 2024, 2025), ils correspondaient à des taux transitoires ; ceux présentés ici sont ceux qui s'appliquent désormais.
Quel taux d'IS s'applique réellement à votre société ?
Entre effet de seuil, régimes spéciaux et cotisation minimale, le taux « réel » mérite un regard d'expert.
La cotisation minimale
Même en cas de résultat déficitaire, une société reste redevable d'une cotisation minimale (article 144 du CGI). Ses caractéristiques en 2026 :
- Taux : 0,25 % du chiffre d'affaires et des autres produits imposables (produits d'exploitation, produits financiers, subventions).
- Plancher : 3 000 DH — le montant dû ne peut être inférieur à ce seuil.
- Exonération pendant les 36 premiers mois d'exploitation des sociétés nouvellement créées.
La cotisation minimale constitue donc l'impôt plancher : si l'IS calculé sur le bénéfice lui est inférieur, c'est la cotisation minimale qui est due.
Régimes spéciaux : CFC, ZAI, jeunes sociétés
Certains statuts bénéficient d'un traitement préférentiel, lui aussi aligné par la réforme :
| Régime | Traitement 2026 |
|---|---|
| Casablanca Finance City (CFC) | Exonération totale d'IS pendant 5 ans, puis 20 % quel que soit le bénéfice (exclues du taux de 35 %). Établissements de crédit et assurances non concernés. |
| Zones d'Accélération Industrielle (ZAI) | Exonération totale 5 ans, puis 20 % dès 2026. Entreprises financières exclues des avantages. |
| Sociétés nouvellement créées | Exonération de la cotisation minimale pendant les 36 premiers mois d'exploitation. |
D'autres dispositifs sectoriels existent (industrie, export, secteurs spécifiques). Leur application dépend de conditions précises : un accompagnement est recommandé pour en bénéficier sans risque.
Retenue à la source sur les dividendes
Au-delà de l'IS sur le bénéfice, les dividendes distribués supportent une retenue à la source, également revue à la baisse par la réforme. Pour les sommes distribuées à compter du 1ᵉʳ janvier 2026, le taux est de 11,25 %, avant de converger vers 10 % en 2027. Ce taux s'applique désormais quel que soit l'exercice d'origine des bénéfices distribués.
Déclaration, acomptes & paiement
L'IS est un impôt déclaratif, payé par anticipation :
- Déclaration du résultat fiscal à déposer dans les trois mois suivant la clôture de l'exercice, par télédéclaration sur le portail SIMPL-IS de la DGI.
- Quatre acomptes provisionnels de 25 % chacun (calculés sur l'IS de l'exercice précédent), aux échéances des 31 mars, 30 juin, 30 septembre et 31 décembre.
- Régularisation du solde au moment de la déclaration annuelle.
La déclaration s'appuie sur votre liasse fiscale, dont dépend directement le calcul de l'impôt.
Un exemple de calcul
Prenons une PME dont le bénéfice net fiscal est de 800 000 DH et le chiffre d'affaires de 6 000 000 DH :
- IS sur le bénéfice : 800 000 × 20 % = 160 000 DH.
- Cotisation minimale : 6 000 000 × 0,25 % = 15 000 DH.
- L'IS (160 000 DH) étant supérieur à la cotisation minimale (15 000 DH), c'est l'IS de 160 000 DH qui est dû.
Si la même société était déficitaire, elle resterait redevable de la cotisation minimale de 15 000 DH.
Une Contribution Sociale de Solidarité (CSS) sur les bénéfices reste applicable aux sociétés dont le bénéfice net est égal ou supérieur à 1 million de DH, à des taux allant de 1,5 % à 5 %. Sa reconduction a été prorogée pour 2026, 2027 et 2028.
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