Normes IFRS au Maroc : qui est vraiment concerné ? | LEMBRA
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Normes IFRS au Maroc : qui est réellement concerné, et pourquoi votre PME ne l'est probablement pas

Contrairement à ce qu'on lit souvent, le Maroc n'a pas engagé de « passage aux IFRS ». Le référentiel de droit commun reste le Code Général de Normalisation Comptable, et les comptes sociaux d'une société marocaine sont établis selon ce référentiel — toujours. Les IFRS s'appliquent à des périmètres définis, et pour l'essentiel aux comptes consolidés. Voici qui est concerné, et à quel titre.

BL Par Brahim LEMNEBHI, expert-comptable et commissaire aux comptes · Mis à jour en août 2026 · Lecture 11 min
CGNCLe référentiel de droit commun, pour toutes les sociétés
ConsolidésLe niveau où les IFRS s'appliquent, quand elles s'appliquent
JamaisLes comptes sociaux ne passent aux IFRS

Nous recevons régulièrement des dirigeants inquiets d'avoir à « migrer vers les IFRS ». Dans la quasi-totalité des cas, la réponse est simple : leur entreprise n'est pas concernée, ne le sera pas, et la question ne se pose pas.

Cette confusion vient de contenus qui décrivent une transition nationale qui n'existe pas. Voici le tableau réel — et, pour ceux qui sont effectivement concernés, ce que cela suppose.

01Ce que dit le droit comptable marocain

Les obligations comptables des commerçants au Maroc reposent sur la loi n° 9-88 et sur le Code Général de Normalisation Comptable. C'est ce référentiel qui définit le plan de comptes, les règles d'évaluation, les états de synthèse — bilan, compte de produits et charges, état des soldes de gestion, tableau de financement, état des informations complémentaires — et c'est de lui que découle la liasse fiscale.

Les IFRS sont un référentiel international, distinct, élaboré par l'IASB. Elles n'ont pas été substituées au CGNC. Leur application au Maroc résulte de textes sectoriels qui visent des catégories précises d'entités, et elle porte principalement sur les comptes consolidés.

La confusion à dissiper

« Le Maroc passe aux IFRS » est une phrase sans objet

Il n'existe pas de programme national de conversion des entreprises marocaines aux IFRS, ni de calendrier annoncé en ce sens. Une PME industrielle de Casablanca, un commerce de Fès ou une société de services de Tanger tiennent leur comptabilité selon le CGNC, aujourd'hui comme demain.

Ce qui existe, en revanche : des obligations sectorielles pour certaines catégories d'entités, et des besoins contractuels — un groupe étranger qui demande à sa filiale marocaine un reporting selon son propre référentiel. Ce sont deux situations très différentes, et aucune ne concerne la majorité des entreprises.

02Qui est concerné, et à quel niveau

SituationRéférentiel des comptes sociauxComptes consolidés
PME et grandes entreprises non financières, non cotéesCGNCSans objet, ou consolidation selon les règles applicables si un périmètre existe
Établissements de crédit et assimilésCGNC, complété par le plan comptable sectorielIFRS, en application de la réglementation de Bank Al-Maghrib
Sociétés faisant appel public à l'épargneCGNCSelon le référentiel applicable à l'émetteur, les IFRS étant retenues ou admises selon les cas
Secteur des assurancesCGNC, complété par le plan comptable sectorielSelon les prescriptions de l'autorité de contrôle du secteur
Filiale marocaine d'un groupe étrangerCGNCSans obligation locale ; un reporting selon le référentiel du groupe est en revanche demandé contractuellement

Deux lectures à retenir de ce tableau. La première : la colonne du milieu ne change jamais. La seconde : lorsque les IFRS interviennent, c'est au niveau consolidé ou au niveau d'un reporting, pas au niveau des comptes individuels déposés et servant de base à l'impôt.

Les périmètres et les textes applicables évoluant, la situation de votre entité doit être confirmée au regard de la réglementation en vigueur et de votre secteur.

03Les comptes sociaux restent au CGNC

C'est le point le plus mal compris, et il a des conséquences très concrètes.

Même dans un groupe dont les comptes consolidés sont établis en IFRS, chaque société marocaine du périmètre continue de tenir sa comptabilité et d'établir ses états de synthèse selon le CGNC. C'est sur cette base que sont déterminés le résultat fiscal, la liasse, les dividendes distribuables et les capitaux propres appréciés au regard du droit des sociétés.

Ce que produit une filiale marocaine d'un groupe international
États de synthèse CGNC — dépôt, assemblée, liasse fiscale, dividendesObligation légale
Liasse de consolidation ou reporting selon le référentiel du groupeObligation contractuelle
Table de passage documentée entre les deuxIndispensable
Un seul système comptable, deux restitutionsL'organisation à viser

La dernière ligne est la recommandation centrale de cet article. Les entreprises qui tiennent deux comptabilités parallèles multiplient les écarts inexpliqués et les heures de rapprochement. Celles qui tiennent une comptabilité en CGNC, complétée par des retraitements documentés, obtiennent les deux restitutions sans redondance.

04Pourquoi une entreprise non assujettie produit quand même de l'IFRS

Trois situations, fréquentes à Casablanca et à Tanger, où une société sans aucune obligation locale doit néanmoins produire de l'information en IFRS.

  1. Filiale d'un groupe étranger. La maison mère consolide selon son référentiel et impose un package de reporting, avec son propre calendrier — souvent plus contraignant que celui de la clôture locale.
  2. Levée de fonds ou entrée d'un investisseur international. L'investisseur demande des comptes retraités pour comparer l'entreprise à d'autres actifs de son portefeuille.
  3. Cession ou opération de rapprochement. L'acquéreur conduit ses travaux de revue sur une base qui lui est familière ; des comptes exclusivement en CGNC ralentissent l'opération et pèsent sur la négociation.

Dans ces trois cas, le besoin n'est pas de « passer aux IFRS » mais de produire une information retraitée, réconciliée et documentée. C'est une prestation de reporting, pas une conversion de référentiel. Elle relève de notre offre de comptabilité et reporting, et croise l'accompagnement des investisseurs étrangers.

05Les écarts qui comptent en pratique

Lorsqu'un retraitement est nécessaire, quelques divergences concentrent l'essentiel des écarts. Les voici, par ordre d'impact dans les dossiers que nous traitons.

SujetTraitement usuel en CGNCApproche IFRS
Contrats de locationLes loyers sont comptabilisés en charges ; le crédit-bail fait l'objet d'une information en annexe.Comptabilisation au bilan d'un droit d'utilisation et d'une dette de loyers. C'est l'écart qui modifie le plus les ratios d'endettement.
ImmobilisationsAmortissement de l'ensemble sur une durée unique.Décomposition par composants ayant des durées d'utilité distinctes, prise en compte d'une valeur résiduelle, réexamen périodique des durées.
Avantages du personnelLes indemnités de fin de carrière ne sont pas systématiquement provisionnées.Évaluation actuarielle et comptabilisation d'un engagement. Souvent découvert tardivement, avec un impact significatif sur les capitaux propres.
Dépréciation des actifsProvisions constituées lorsque la perte est avérée.Tests de dépréciation fondés sur des flux futurs actualisés.
Créances clientsProvision sur créances identifiées comme douteuses.Modèle de pertes attendues, appliqué dès l'origine.
Reconnaissance du chiffre d'affairesRattachement à la livraison ou à l'exécution.Identification des obligations de prestation distinctes au sein d'un même contrat, et affectation du prix entre elles.
Écarts d'acquisitionAmortissement sur une durée déterminée.Absence d'amortissement, remplacé par des tests annuels de dépréciation.
À noter

Deux sujets suffisent souvent à expliquer l'essentiel de l'écart

Dans une PME marocaine, les contrats de location et les indemnités de fin de carrière représentent à eux seuls la majeure partie des retraitements. Une entreprise qui loue ses locaux et sa flotte, et dont l'effectif est ancien, verra son bilan et ses capitaux propres sensiblement modifiés par ces deux seuls postes. C'est par là qu'il faut commencer un diagnostic, avant tout projet plus large.

Un groupe vous demande un reporting que vous ne savez pas produire ?

Diagnostic des écarts sur votre situation réelle, table de passage documentée, et production du package dans le calendrier du groupe.

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06Ce qu'un projet de conversion suppose réellement

Pour les entités effectivement concernées, ou pour celles qui font le choix volontaire d'un reporting en IFRS, la démarche suit six étapes.

  1. Cadrage. Quel référentiel exactement, à quel niveau, pour quel usage, à quelle échéance. Un package de groupe n'est pas un jeu complet d'états financiers IFRS.
  2. Diagnostic des écarts. Poste par poste, sur les données réelles de l'entreprise et non sur une grille théorique. C'est l'étape qui détermine l'ampleur du reste.
  3. Chiffrage des retraitements et détermination du bilan d'ouverture, avec l'effet sur les capitaux propres.
  4. Organisation. Comment produire les deux restitutions à partir d'un seul système : axes analytiques, écritures de retraitement, contrôles de cohérence.
  5. Documentation. Une note par option retenue, conservée. C'est ce que demanderont l'auditeur du groupe et, le cas échéant, un acquéreur.
  6. Formation ciblée. Non pas « former les équipes aux IFRS », mais former les personnes concernées aux quelques retraitements qu'elles auront à produire chaque mois.

La sixième étape mérite une précision, parce qu'elle est souvent surdimensionnée. Une équipe comptable n'a pas besoin de maîtriser l'ensemble du corpus : elle a besoin de savoir produire correctement les cinq ou six retraitements qui concernent son entreprise.

07Cinq erreurs de conception

  • Tenir deux comptabilités parallèles. Multiplie les écarts et le travail. Une comptabilité, des retraitements documentés.
  • Confondre le calendrier du groupe et celui de la clôture locale. Le premier tombe souvent bien plus tôt. Il se prépare en amont, pas au moment de la clôture.
  • Négliger la table de passage. Sans réconciliation formalisée entre CGNC et retraité, personne ne peut expliquer un écart six mois plus tard.
  • Traiter le sujet comme un projet informatique. L'outil vient après les choix comptables, jamais l'inverse.
  • Découvrir les engagements sociaux au moment d'une opération. Une évaluation actuarielle des indemnités de fin de carrière se commande à froid, pas pendant une due diligence.

08Ce qu'il faut retenir selon votre situation

Vous êtes…Ce qui vous concerne
Une PME marocaine sans actionnaire étrangerRien. Vos comptes sont en CGNC. Ne consacrez aucun budget à ce sujet.
Une filiale d'un groupe étrangerUn reporting contractuel. Organisez la table de passage et le calendrier ; ne convertissez pas vos comptes sociaux.
Une entreprise préparant une levée de fonds ou une cessionUn diagnostic d'écarts anticipé, notamment sur les locations et les engagements sociaux, avant que l'acquéreur ne le fasse.
Un établissement du secteur financier ou assurantielDes obligations sectorielles propres, à confirmer auprès de votre autorité de tutelle.
Un groupe marocain constituant un périmètre de consolidationLe choix du référentiel de consolidation, à arbitrer selon vos partenaires financiers et vos perspectives.

La première ligne concerne l'immense majorité de nos lecteurs. Nous préférons l'écrire clairement plutôt que d'entretenir une inquiétude qui pourrait vendre une mission : si vous n'êtes pas dans les quatre autres lignes, ce sujet n'est pas le vôtre, et votre budget est mieux employé ailleurs — à la fiabilité de votre tenue, à votre trésorerie ou à votre conformité fiscale.

BL
Brahim LEMNEBHI
Expert-comptable · Commissaire aux comptes · Inscrit à l'Ordre des Experts-Comptables du Maroc

Fondateur de LEMBRA CONSEIL à Casablanca, Brahim accompagne les filiales de groupes étrangers et les entreprises en phase d'ouverture de capital sur la production de leur reporting et la réconciliation entre référentiels.

Questions fréquentes

Normes IFRS : vos questions

Quelles entreprises marocaines sont concernées par les IFRS ?

Principalement les établissements de crédit et assimilés, pour leurs comptes consolidés en application de la réglementation de Bank Al-Maghrib, les sociétés faisant appel public à l'épargne selon le référentiel applicable à l'émetteur, et le secteur des assurances selon les prescriptions de son autorité de contrôle. Les autres entreprises tiennent leur comptabilité selon le CGNC.

Le Maroc va-t-il généraliser les IFRS à toutes les entreprises ?

Aucun programme national de conversion des entreprises marocaines aux IFRS n'est annoncé. Le référentiel de droit commun demeure le Code Général de Normalisation Comptable, dans le cadre de la loi n° 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants.

Les comptes sociaux peuvent-ils être établis en IFRS ?

Non. Les états de synthèse d'une société marocaine sont établis selon le CGNC : c'est sur cette base que sont déterminés le résultat fiscal, la liasse, les dividendes distribuables et les capitaux propres appréciés au regard du droit des sociétés. Lorsque les IFRS interviennent, c'est au niveau consolidé ou dans un reporting.

Ma filiale marocaine doit produire un reporting pour sa maison mère : dois-je changer de référentiel ?

Non. Le besoin est de produire une information retraitée, réconciliée et documentée, pas de convertir vos comptes sociaux. L'organisation à viser est une comptabilité unique en CGNC, complétée par des écritures de retraitement et une table de passage.

Quels écarts entre CGNC et IFRS pèsent le plus ?

Dans une PME marocaine, les contrats de location — comptabilisés au bilan en IFRS sous forme d'un droit d'utilisation et d'une dette — et les indemnités de fin de carrière, qui font l'objet d'une évaluation actuarielle, représentent l'essentiel des retraitements. Suivent la décomposition des immobilisations par composants et les modalités de dépréciation.

Faut-il tenir deux comptabilités ?

Non, et c'est l'erreur de conception la plus coûteuse. Une seule comptabilité en CGNC, des écritures de retraitement identifiées et une table de passage documentée permettent d'obtenir les deux restitutions sans redondance ni écarts inexpliqués.

Combien de temps prend une mise en place ?

Cela dépend du périmètre demandé, du nombre de retraitements réellement concernés et de la qualité de la tenue existante. Un package de reporting sur quelques retraitements se met en place en quelques semaines ; un jeu complet d'états financiers retraités demande davantage.

Faut-il former toute l'équipe comptable aux IFRS ?

Non. Une équipe n'a pas besoin de maîtriser l'ensemble du corpus : elle doit savoir produire correctement les cinq ou six retraitements qui concernent son entreprise. Une formation ciblée est plus efficace et bien moins coûteuse qu'un programme général.

Je prépare une levée de fonds : que dois-je anticiper ?

Un diagnostic d'écarts avant que l'investisseur ne le conduise lui-même, en commençant par les contrats de location et les engagements sociaux. Une évaluation actuarielle des indemnités de fin de carrière se commande à froid, pas pendant une opération.

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