IFRS ou CGNC : comparatif poste par poste des deux référentiels | LEMBRA
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IFRS et CGNC : ce qui sépare réellement les deux référentiels, poste par poste

On oppose souvent les deux comme le moderne et l'ancien. C'est un mauvais cadrage. Le Code Général de Normalisation Comptable et les IFRS ne poursuivent pas le même but : l'un produit des comptes destinés à être déposés, approuvés et imposés ; l'autre produit une information destinée à des investisseurs. De cette différence de finalité découlent toutes les autres.

BL Par Brahim LEMNEBHI, expert-comptable et commissaire aux comptes · Mis à jour en août 2026 · Lecture 12 min
2 finalitésComptes déposés et imposés d'un côté, information d'investisseur de l'autre
5 étatsDe chaque côté, mais ce ne sont pas les mêmes
La fiscalitéLa différence structurelle la moins commentée

Comparer deux référentiels comptables n'a d'intérêt que si l'on sait pourquoi on le fait. Dans notre pratique, la question vient presque toujours de la même situation : une filiale marocaine doit produire un reporting pour une maison mère étrangère, et quelqu'un doit expliquer d'où viennent les écarts.

Voici donc un comparatif orienté vers ce besoin : ce qui diffère, de combien, et ce qui n'est en réalité pas une différence.

01Deux référentiels, deux finalités

CGNCIFRS
CadreLoi n° 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants et Code Général de Normalisation Comptable.Normes élaborées par l'IASB, appliquées selon les textes propres à chaque pays ou secteur.
Destinataires premiersAssociés, administration fiscale, tiers contractants, tribunaux.Investisseurs, prêteurs et autres créanciers, actuels et potentiels.
Usage des comptesDépôt, approbation en assemblée, base du résultat fiscal, détermination des dividendes distribuables.Information financière destinée à la décision d'investissement ou de prêt.
Nature des règlesPlan de comptes normalisé et méthodes largement prescrites.Principes assortis de jugements, avec des informations à fournir étendues.
Au MarocRéférentiel de droit commun, applicable aux comptes sociaux de toutes les sociétés.Applicables à des périmètres définis, principalement au niveau des comptes consolidés.

La dernière ligne mérite d'être posée d'emblée : les deux référentiels ne sont pas en concurrence pour les comptes sociaux d'une société marocaine. Le CGNC s'y applique, sans alternative. Le détail des périmètres figure dans notre article Normes IFRS au Maroc : qui est réellement concerné.

À noter

Un référentiel n'est pas « meilleur » que l'autre

On lit souvent que le CGNC serait moins rigoureux ou moins transparent. C'est une comparaison qui n'a pas de sens : un référentiel destiné à produire des comptes opposables et imposables poursuit d'autres objectifs qu'un référentiel destiné à informer un marché financier. Le CGNC est prescriptif et vérifiable ; les IFRS sont informatives et fondées sur le jugement. Chacun est adapté à ce pour quoi il a été conçu.

02Trois différences de philosophie

Avant les postes, les principes. Trois oppositions expliquent la plupart des écarts que l'on constate ensuite.

QuestionCGNCIFRS
Substance ou forme juridique ?La forme juridique prime largement. Un bien loué appartient au bailleur ; il ne figure pas à l'actif du preneur.La substance économique prime. Le preneur qui contrôle l'usage d'un bien inscrit un droit d'utilisation à son actif.
Prudence ou neutralité ?Prudence forte et asymétrique : les moins-values latentes sont provisionnées, les plus-values latentes ne sont jamais constatées.Neutralité : l'information ne doit être ni orientée à la hausse ni à la baisse. La prudence y est une précaution de jugement, non une asymétrie de traitement.
Coût historique ou juste valeur ?Coût historique, sauf dépréciation constatée.Coût historique ou juste valeur selon la nature de l'élément et l'option retenue.

La deuxième ligne est souvent présentée à l'envers. La prudence n'est pas un pilier des IFRS au sens marocain du terme : le cadre conceptuel privilégie une information neutre, et refuse explicitement qu'on sous-évalue systématiquement les actifs ou surévalue les passifs. C'est le CGNC qui construit sur une prudence asymétrique — et c'est cohérent avec sa finalité, puisque des comptes servant de base à une distribution de dividendes doivent éviter de faire apparaître des bénéfices non réalisés.

03Les états de synthèse ne se ressemblent pas

Chaque référentiel impose cinq documents, mais ce ne sont pas les mêmes. C'est la première surprise d'un comptable marocain devant un jeu d'états IFRS.

CGNCIFRS
BilanÉtat de la situation financière
Compte de produits et chargesÉtat du résultat net et des autres éléments du résultat global
État des soldes de gestionSans équivalent direct
Tableau de financementTableau des flux de trésorerie
État des informations complémentairesNotes annexes
Sans équivalent directÉtat de variation des capitaux propres

Deux écarts structurels ressortent de ce tableau.

  • Le CGNC impose un état des soldes de gestion, qui décompose la formation du résultat en soldes normalisés — marge brute, valeur ajoutée, excédent brut d'exploitation. Les IFRS ne prescrivent pas cette cascade : chaque entreprise construit sa présentation, ce qui rend d'ailleurs les comparaisons sectorielles plus délicates qu'on ne le dit.
  • Les IFRS imposent un état de variation des capitaux propres et la notion de « résultat global », qui recueille des éléments ne transitant pas par le résultat net — écarts de réévaluation, écarts actuariels, écarts de conversion. Cette notion n'a pas d'équivalent au CGNC.

04Le comparatif poste par poste

Voici les postes où les écarts sont les plus fréquents et les plus significatifs, dans l'ordre où nous les rencontrons en mission.

PosteCGNCIFRS
Contrats de locationLoyers en charges. Le crédit-bail fait l'objet d'une information en annexe.Actif de droit d'utilisation et dette de loyers au bilan, sauf exemptions de courte durée et de faible valeur.
Indemnités de fin de carrièreProvision non systématique en pratique.Engagement évalué de façon actuarielle et comptabilisé.
Immobilisations corporellesAmortissement de l'ensemble sur une durée unique, valeur résiduelle rarement retenue.Décomposition par composants ayant des durées d'utilité distinctes, valeur résiduelle, réexamen périodique des durées.
Dépréciation des actifsProvision lorsque la perte de valeur est constatée.Tests de dépréciation fondés sur la valeur recouvrable, comparée à la valeur comptable.
Créances clientsProvision sur créances identifiées comme douteuses.Modèle de pertes attendues, avec une provision dès l'origine, y compris sur le non-échu.
Chiffre d'affairesRattachement à la livraison ou à l'exécution de la prestation.Décomposition du contrat en obligations distinctes, transfert du contrôle, répartition du prix.
Titres et placementsCoût d'acquisition, avec dépréciation en cas de moins-value.Classification selon le modèle économique et la nature des flux, avec évaluation au coût amorti ou à la juste valeur.
StocksCoût de revient, avec provision en cas de dépréciation.Plus faible du coût et de la valeur nette de réalisation. Pas d'option de juste valeur, hors cas particuliers limitativement définis.
Frais de recherche et développementImmobilisation possible sous conditions strictes.Frais de recherche en charges ; frais de développement immobilisés lorsque des critères précis sont remplis.
Écarts d'acquisitionAmortissement sur une durée déterminée.Pas d'amortissement, mais des tests de dépréciation périodiques.
Monnaie étrangèreÉcarts de conversion inscrits au bilan, avec provision pour perte de change latente.Écarts de change constatés en résultat, sauf exceptions.
À retenir

Deux postes expliquent l'essentiel de l'écart dans une PME

Sur les onze lignes de ce tableau, les contrats de location et les indemnités de fin de carrière concentrent en général la majeure partie des retraitements d'une entreprise marocaine de taille moyenne. Une société qui loue ses locaux et sa flotte, et dont l'effectif est ancien, verra son bilan et ses capitaux propres sensiblement modifiés par ces deux seuls postes.

C'est par là qu'il faut commencer un diagnostic, et non par une revue exhaustive des onze sujets.

Le détail de trois de ces postes est traité dans nos articles dédiés : les contrats de location, les instruments financiers et les créances, et la reconnaissance du revenu.

D'où viennent les écarts de votre reporting ?

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05Le lien avec la fiscalité

C'est la différence la plus structurelle, et la moins commentée.

Au Maroc, la comptabilité et la fiscalité sont connectées : le résultat fiscal se détermine à partir du résultat comptable établi selon le CGNC, corrigé de réintégrations et de déductions. La liasse fiscale découle des états de synthèse. Un choix comptable a donc, très souvent, une conséquence fiscale immédiate.

Les IFRS, elles, n'ont aucune dimension fiscale. Elles ne se préoccupent ni de déductibilité, ni de base imposable, ni de règles de rattachement fiscal. Elles produisent une information économique, point.

ConséquenceCe que cela implique
Les retraitements IFRS n'ont pas d'effet fiscalProvisionner davantage dans un package de reporting ne réduit pas l'impôt dû au Maroc. Les deux jeux vivent séparément.
Les impôts différés apparaissentL'écart entre valeur comptable IFRS et base fiscale génère des impôts différés, notion étrangère aux comptes sociaux marocains.
La table de passage devient obligatoireSans réconciliation formalisée, personne ne peut expliquer pourquoi le résultat du reporting diffère du résultat déclaré.

C'est pour cette raison que nous déconseillons systématiquement de tenir deux comptabilités parallèles. Une comptabilité en CGNC, des écritures de retraitement identifiées, une table de passage : c'est la seule organisation qui permet de répondre à la fois à l'administration fiscale et à la maison mère, sans écart inexpliqué.

06Ce qui n'est pas une différence

Autant de temps perdu dans les projets de conversion à traiter des sujets qui n'en sont pas.

  • La séparation des exercices. Les deux référentiels imposent de rattacher produits et charges à la période concernée, indépendamment des flux de trésorerie.
  • La permanence des méthodes. Principe commun : on ne change pas de méthode sans motif ni information.
  • L'image fidèle. Le CGNC la vise également ; l'expression n'appartient pas aux IFRS.
  • La rigueur. Le CGNC est plus prescriptif, donc plus contraignant sur la forme. Cela ne le rend ni moins fiable ni moins exigeant.
  • Le plan de comptes. On croit parfois qu'il faut « changer de plan de comptes » pour produire de l'IFRS. Non : on conserve le plan CGNC et l'on ajoute des axes analytiques et des écritures de retraitement.

07Que faire selon votre situation

Vous êtes…Ce qui vous concerne
Une PME marocaine sans actionnaire étrangerLe CGNC, uniquement. Ce comparatif est de la culture générale utile ; il n'appelle aucune action.
Une filiale d'un groupe étrangerUn diagnostic des écarts sur les postes de la section 04, puis une table de passage et un calendrier de reporting.
Une entreprise en levée de fonds ou en cessionUn chiffrage anticipé des deux postes majeurs — locations et engagements sociaux — avant que l'investisseur ne le fasse.
Un groupe marocain constituant un périmètre de consolidationLe choix du référentiel de consolidation, à arbitrer selon vos partenaires financiers et vos perspectives.
Un établissement du secteur financier ou assurantielDes obligations sectorielles propres, à confirmer auprès de votre autorité de tutelle.

La première ligne concerne la majorité des lecteurs de cette page. Nous le disons clairement plutôt que d'entretenir une inquiétude : si vous n'êtes pas dans les quatre autres lignes, ce sujet n'appelle aucun budget.

BL
Brahim LEMNEBHI
Expert-comptable · Commissaire aux comptes · Inscrit à l'Ordre des Experts-Comptables du Maroc

Fondateur de LEMBRA CONSEIL à Casablanca, Brahim accompagne les filiales de groupes étrangers et les entreprises en ouverture de capital sur le diagnostic des écarts entre référentiels et la construction de leurs tables de passage.

Questions fréquentes

IFRS et CGNC : vos questions

Quel est le référentiel comptable marocain ?

Le Code Général de Normalisation Comptable, dans le cadre de la loi n° 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants. Le PCG, souvent cité par erreur, est le plan comptable général français : il n'a aucune application au Maroc.

Quelle est la différence de finalité entre les deux référentiels ?

Le CGNC produit des comptes destinés à être déposés, approuvés en assemblée et imposés. Les IFRS produisent une information destinée aux investisseurs et aux prêteurs. De cette différence de destinataires découlent presque toutes les autres.

Les IFRS reposent-elles sur le principe de prudence ?

Pas au sens marocain du terme. Le cadre conceptuel des IFRS privilégie la neutralité de l'information : elle ne doit être orientée ni à la hausse ni à la baisse. C'est le CGNC qui est construit sur une prudence asymétrique, où les moins-values latentes sont provisionnées et les plus-values latentes jamais constatées.

Les stocks peuvent-ils être évalués à la juste valeur en IFRS ?

Non, sauf cas particuliers limitativement définis. Le principe est l'évaluation au plus faible du coût et de la valeur nette de réalisation. La différence avec le CGNC porte sur les méthodes de détermination du coût, pas sur une option de juste valeur.

Quels postes créent le plus d'écarts dans une PME marocaine ?

Les contrats de location, portés au bilan en IFRS sous forme d'un droit d'utilisation et d'une dette, et les indemnités de fin de carrière, qui font l'objet d'une évaluation actuarielle. Ces deux postes concentrent en général la majeure partie des retraitements.

Les états de synthèse sont-ils les mêmes ?

Non. Le CGNC impose un état des soldes de gestion, sans équivalent direct en IFRS, tandis que les IFRS imposent un état de variation des capitaux propres et la notion de résultat global, sans équivalent au CGNC.

Un retraitement IFRS a-t-il un effet fiscal au Maroc ?

Non. Le résultat fiscal se détermine à partir du résultat comptable établi selon le CGNC. Les retraitements opérés dans un reporting IFRS n'ont aucune incidence sur l'impôt dû. Les deux jeux vivent séparément et doivent être réconciliés par une table de passage.

Faut-il changer de plan de comptes pour produire de l'IFRS ?

Non. On conserve le plan de comptes CGNC et l'on ajoute des axes analytiques et des écritures de retraitement identifiées. Tenir deux comptabilités parallèles est l'erreur d'organisation la plus coûteuse.

Un référentiel est-il plus rigoureux que l'autre ?

La comparaison n'a pas de sens. Le CGNC est prescriptif et vérifiable, les IFRS sont informatives et fondées sur le jugement. Chacun est adapté à la finalité pour laquelle il a été conçu.

Ma PME doit-elle se préparer à un passage aux IFRS ?

Non. Aucun programme de généralisation des IFRS aux entreprises marocaines n'est annoncé, et les comptes sociaux restent établis selon le CGNC. La question ne se pose que si vous appartenez à un groupe appliquant les IFRS, préparez une opération, ou relevez d'un secteur soumis à des obligations propres.

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