Fiscalité des influenceurs au Maroc : la retenue de 30 % | LEMBRA
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Fiscalité des influenceurs et créateurs de contenu au Maroc : le guide 2026

La loi de finances 2025 a créé une catégorie de revenus qui n'existait pas : les « autres revenus et gains ». Les sommes perçues via les plateformes numériques y entrent, et supportent une retenue à la source de 30 %, libératoire de l'impôt sur le revenu. Voici la base légale exacte, ce que ce taux vise réellement — et pourquoi opter pour un régime professionnel peut le ramener à 1 %.

BL Par Brahim LEMNEBHI, expert-comptable et commissaire aux comptes · Mis à jour en août 2026 · Lecture 11 min
30 %Retenue à la source libératoire, article 73-II-G-9° du CGI
Article 70 bisLa catégorie « autres revenus et gains » créée par la LF 2025
1 %Le taux sous régime professionnel simplifié, pour qui s'identifie

Jusqu'en 2024, les revenus tirés des plateformes numériques tombaient dans un angle mort : ils ne relevaient clairement d'aucune des cinq catégories de revenus imposables à l'impôt sur le revenu. La loi de finances 2025 a fermé cet angle mort en créant une sixième catégorie.

Conséquence directe : ces revenus supportent désormais une retenue à la source de 30 %. Mais ce taux n'est pas une fatalité — il s'applique à ceux qui restent hors d'un régime professionnel. Voici, précisément, ce qui relève de quoi.

01La base légale du taux de 30 %

Le taux ne sort pas de nulle part, et il est utile d'en connaître le fondement : c'est ce qui permet de savoir à qui il s'applique. Trois modifications du Code Général des Impôts, opérées par la loi de finances 2025 et commentées par la note circulaire n° 736 de la Direction Générale des Impôts, l'ont installé.

TexteCe qu'il fait
Article 22, nouveau 6° du CGICrée une sixième catégorie de revenus imposables à l'impôt sur le revenu, dite « les autres revenus et gains », destinée à appréhender ce qui ne relevait d'aucune des cinq catégories existantes.
Article 70 bis du CGIDéfinit cette catégorie, qui recouvre notamment les revenus et gains perçus par des personnes physiques en dehors d'une activité professionnelle déclarée, y compris ceux générés via les plateformes numériques.
Article 73-II-G, nouveau 9° du CGIPlace ces revenus au taux de 30 %, prélevé par retenue à la source. Le prélèvement opéré à ce titre est libératoire de l'impôt sur le revenu.

La logique du législateur est explicite dans la note circulaire : il s'agit d'assurer l'équité fiscale en cessant de laisser hors du champ des revenus économiquement réels, tout en s'alignant sur les pratiques internationales.

À noter

« Libératoire » signifie que l'impôt est soldé

Un prélèvement libératoire éteint l'obligation fiscale sur le revenu concerné : il n'est pas un acompte à régulariser ensuite au barème progressif. C'est une simplification réelle — mais elle a un prix, puisque le taux s'applique au montant brut, sans déduction d'aucune charge.

02Ce que la retenue vise exactement

C'est le point que la plupart des articles omettent, et il est décisif. La catégorie de l'article 70 bis est, par construction, une catégorie résiduelle : elle appréhende les revenus qui ne relèvent pas des cinq catégories précédentes, au premier rang desquelles figurent les revenus professionnels.

Autrement dit, deux créateurs percevant exactement les mêmes sommes ne sont pas traités de la même façon.

Situation du créateurQualificationImposition
Aucune identification professionnelle : pas d'inscription, pas d'identifiant fiscal professionnelAutres revenus et gains, article 70 bis30 % du montant brut, par retenue à la source, libératoire
Activité déclarée sous le régime de l'auto-entrepreneurRevenu professionnel1 % du chiffre d'affaires encaissé pour les prestations de services, libératoire
Activité déclarée au réel, en nom propreRevenu professionnelBarème progressif de l'impôt sur le revenu, après déduction des charges réelles
Activité exercée en sociétéBénéfice de la sociétéImpôt sur les sociétés, puis imposition de la rémunération ou des dividendes
Le point à comprendre

Le taux de 30 % est le prix de la non-identification

Pour un créateur percevant 200 000 dirhams, la différence entre les deux premières lignes du tableau est de l'ordre de 60 000 dirhams contre 2 000 dirhams. L'écart ne tient pas à la nature de l'activité : il tient au fait d'être ou non identifié sous un régime professionnel.

C'est là que se joue l'essentiel du conseil sur ce sujet. La question n'est pas « comment échapper aux 30 % » mais « sous quel régime ai-je intérêt à m'identifier », et cette question se tranche sur vos chiffres réels.

0330 % ou régime professionnel : le choix décisif

Créateur percevant 200 000 DH de prestations de services dans l'année
Sans identification professionnelle — retenue de 30 %, libératoire60 000 DH
Sous régime de l'auto-entrepreneur — 1 % du CA encaissé, libératoire2 000 DH
Au réel — barème progressif après déduction des chargesSelon charges réelles
Écart entre les deux premières situations58 000 DH sur une seule année

Trois précisions avant de conclure trop vite que le régime simplifié règle tout.

  1. Le régime de l'auto-entrepreneur a des plafonds : 200 000 dirhams par an pour les prestations de services, 500 000 dirhams pour les activités commerciales, industrielles et artisanales. Au-delà, il n'est plus applicable.
  2. Il n'est pas ouvert à tous : certaines professions réglementées en sont exclues, l'activité doit figurer parmi celles éligibles, et le statut ne se cumule pas avec une autre activité soumise à l'impôt sur le revenu professionnel.
  3. Il ne permet aucune déduction de charges : l'impôt porte sur le chiffre d'affaires encaissé. Un créateur qui investit lourdement en matériel, studio, monteur ou régie a souvent intérêt au réel ou à la société.

Le détail du régime figure dans notre article sur les obligations de l'auto-entrepreneur.

04Le second seuil : 80 000 dirhams par client

S'identifier sous le régime de l'auto-entrepreneur ne suffit pas à sécuriser un taux de 1 % sur l'ensemble de vos revenus. Une seconde règle, issue de la loi de finances 2023 et codifiée à l'article 73-II-G-8° du CGI, s'applique aux prestations de services : la fraction du chiffre d'affaires annuel dépassant 80 000 dirhams réalisée avec un même client supporte elle aussi une retenue à la source de 30 %, opérée par ce client.

C'est le piège numéro deux du métier, parce que la structure du marché de l'influence y conduit mécaniquement : beaucoup de créateurs travaillent avec une agence unique, qui centralise les campagnes de plusieurs annonceurs. Or c'est l'identité du payeur qui compte, pas le nombre de marques derrière lui.

Deux règles distinctes coexistent donc, au même taux, et il ne faut pas les confondre : l'une (article 73-II-G-9°) sanctionne l'absence d'identification professionnelle, l'autre (article 73-II-G-8°) vise la concentration du portefeuille sous un régime simplifié.

Créateur sous statut d'auto-entrepreneur — 250 000 DH encaissés, dont 150 000 DH d'une seule agence
Fraction dépassant 80 000 DH chez cette agence70 000 DH
Retenue à la source opérée par l'agence, 30 %21 000 DH
Reste du chiffre d'affaires, 180 000 DH au taux libératoire de 1 %1 800 DH
Total supporté22 800 DH

Le même chiffre d'affaires, réparti entre plusieurs payeurs restant chacun sous le seuil, aurait supporté 2 500 dirhams. L'écart est d'un facteur proche de neuf, et il ne tient qu'à la concentration du portefeuille.

Deux remarques. D'abord, ce créateur dépasse aussi le plafond de 200 000 dirhams applicable aux prestations de services : son maintien sous le régime de l'auto-entrepreneur est compromis. Ensuite, la finalité de la règle est de décourager le salariat déguisé — un donneur d'ordre unique qui rémunère un indépendant comme il rémunérerait un salarié. Si votre situation y ressemble, le statut n'est probablement plus le bon, ni pour vous ni pour votre agence.

Un seul client représente-t-il plus de 80 000 dirhams chez vous ?

Nous chiffrons votre situation sous les trois régimes, sur vos encaissements réels et la répartition de vos payeurs, avant que l'écart ne se creuse.

Découvrir notre offre fiscale

05Les revenus versés depuis l'étranger

La monétisation de plateformes, les partenariats avec des marques internationales et les revenus publicitaires proviennent le plus souvent de sociétés établies hors du Maroc. Deux sujets distincts se posent, et on les confond régulièrement.

SujetCe qu'il implique
FiscalitéUn résident fiscal marocain est imposable sur ses revenus mondiaux. Les sommes reçues de l'étranger sont donc à déclarer, sous réserve de l'application des conventions de non-double imposition conclues par le Maroc.
Réglementation des changesL'encaissement de devises et leur rapatriement obéissent à des règles propres, indépendantes de la fiscalité. Les justificatifs — contrats, factures, relevés de plateforme — doivent être conservés et cohérents avec les flux bancaires.
À retenir

Le circuit d'encaissement se décide avant, pas après

Recevoir ses revenus sur un compte personnel non dédié, via des solutions de paiement grand public ou sur un compte détenu à l'étranger, crée trois difficultés : une traçabilité insuffisante pour justifier l'origine des fonds, une difficulté à établir la base imposable, et une exposition au regard de la réglementation des changes. Faites qualifier votre circuit d'encaissement dès que vos revenus deviennent réguliers.

Le cadre général des flux avec l'étranger est développé dans notre comparatif des conventions fiscales du Maroc.

06Cadeaux, voyages et dotations : les revenus en nature

C'est l'angle mort du métier, et il ne figure dans presque aucun guide.

Une marque qui vous adresse un produit, vous invite à un voyage ou met un véhicule à votre disposition en contrepartie d'une publication ne vous fait pas un cadeau : elle vous rémunère. Un avantage reçu en contrepartie d'une prestation constitue un élément de rémunération, quelle que soit sa forme.

Trois situations à distinguer :

  1. Aucune contrepartie attendue — un produit envoyé sans engagement de publication : la qualification est différente, mais la preuve de l'absence de contrepartie vous incombe.
  2. Contrepartie explicite — un contrat, un brief, un nombre de publications : il s'agit d'une rémunération en nature, à valoriser et à intégrer.
  3. Contrepartie implicite — la zone la plus fréquente, où rien n'est écrit mais où chacun sait ce qui est attendu. C'est aussi la plus risquée, faute de documentation.

La parade est simple et tient en une phrase : contractualisez, même pour les opérations en nature. Un contrat qui indique la valeur de la dotation et la nature de la contrepartie protège les deux parties, et rend le traitement comptable évident.

07TVA et facturation

Sous le régime de l'auto-entrepreneur, vous ne facturez pas de TVA et ne la récupérez pas sur vos achats — ce qui est un désavantage lorsque vous investissez dans du matériel et que vos clients sont des entreprises assujetties.

Sous les autres régimes, la question de la TVA se pose, et sa réponse dépend notamment du lieu d'établissement de votre client. Les règles de territorialité applicables aux prestations de services rendues à des preneurs établis hors du Maroc doivent être vérifiées au texte pour votre situation : elles conditionnent l'existence d'une TVA à facturer et le droit à déduction.

Deux obligations valent dans tous les cas :

  • Émettre une facture conforme pour chaque prestation, avec les mentions obligatoires — identifiant commun de l'entreprise, identifiant fiscal, et la mention relative à la TVA lorsqu'elle n'est pas applicable ;
  • Conserver les justificatifs : contrats, briefs, relevés de plateforme, preuves de publication et relevés bancaires.

À anticiper également : le déploiement de la facturation électronique concernera progressivement l'ensemble des assujettis, y compris les indépendants au-delà d'un certain seuil.

08CNSS et protection sociale

Sous le régime de l'auto-entrepreneur, l'affiliation à la Caisse Nationale de Sécurité Sociale est obligatoire depuis 2021, au titre du régime des travailleurs non salariés. Elle ouvre droit à la couverture médicale, aux allocations familiales, à une indemnité journalière en cas de maladie et à des droits à retraite.

Trois points pratiques :

  • La cotisation se règle en même temps que l'impôt, lors de la déclaration trimestrielle ;
  • Une cotisation minimale reste due même en l'absence de chiffre d'affaires sur un trimestre ;
  • La cessation d'activité doit être déclarée : à défaut, impôt et cotisations continuent de courir et la dette s'accumule.

Pour un métier où les revenus sont par nature irréguliers, ce dernier point mérite attention : un créateur qui met son activité en pause sans le formaliser découvre parfois plusieurs trimestres d'arriérés.

09Quand passer en société

Quatre signaux, et il suffit qu'un seul soit réuni pour poser la question sérieusement.

  1. Votre chiffre d'affaires approche ou dépasse 200 000 dirhams sur une projection annuelle.
  2. Un client représente plus de 80 000 dirhams et la retenue de 30 % annule l'intérêt du régime simplifié.
  3. Vos charges réelles sont significatives — matériel, studio, monteur, régie, déplacements — et vous ne pouvez rien déduire.
  4. Vous contractualisez avec des annonceurs qui exigent une structure, une facturation avec TVA, ou une capacité à recruter.

Le passage en société n'est ni long ni coûteux en soi : le sujet est chiffré dans notre article sur le coût réel de la création d'une société. Ce qui coûte, c'est de basculer dans l'urgence après un dépassement constaté, ou après un redressement.

+Votre check-list

  1. Vérifier mon éligibilité au régime envisagé avant toute inscription.
  2. Suivre mon cumul annuel, global et par payeur.
  3. Diversifier mes payeurs pour rester sous le seuil de 80 000 dirhams par client, lorsque c'est possible.
  4. Faire qualifier mon circuit d'encaissement des revenus étrangers.
  5. Contractualiser les opérations, y compris en nature, avec valorisation de la dotation.
  6. Émettre des factures conformes et conserver contrats, briefs et relevés de plateforme.
  7. Tenir mes déclarations trimestrielles, y compris à zéro.
  8. Déclarer toute cessation ou mise en pause de l'activité.
  9. Faire chiffrer les trois régimes dès que les revenus deviennent réguliers.
BL
Brahim LEMNEBHI
Expert-comptable · Commissaire aux comptes · Inscrit à l'Ordre des Experts-Comptables du Maroc

Fondateur de LEMBRA CONSEIL à Casablanca, Brahim accompagne les indépendants et les acteurs de l'économie numérique dans le choix de leur régime, la qualification de leurs flux internationaux et la structuration de leur activité.

Questions fréquentes

Fiscalité des créateurs : vos questions

Sur quelle base repose la retenue à la source de 30 % ?

Sur la loi de finances 2025, commentée par la note circulaire n° 736 de la DGI. Elle a complété l'article 22 du CGI par un 6° créant la catégorie « autres revenus et gains », introduit l'article 70 bis qui la définit, et complété l'article 73-II-G par un 9° plaçant ces revenus au taux de 30 %. Le prélèvement est libératoire de l'impôt sur le revenu.

Ce taux de 30 % s'applique-t-il à tous les créateurs ?

Il s'applique aux revenus relevant de la catégorie « autres revenus et gains », qui est résiduelle : elle vise ce qui ne relève pas des cinq catégories existantes, dont les revenus professionnels. Un créateur identifié sous un régime professionnel relève de ce régime — par exemple 1 % du chiffre d'affaires encaissé sous le statut d'auto-entrepreneur pour les prestations de services.

Le prélèvement de 30 % est-il libératoire ?

Oui. Un prélèvement libératoire éteint l'obligation fiscale sur le revenu concerné : il ne s'agit pas d'un acompte à régulariser ensuite au barème progressif. En contrepartie, il porte sur le montant brut, sans déduction d'aucune charge.

Quel régime choisir pour démarrer ?

Le régime de l'auto-entrepreneur, avec un taux libératoire de 1 % du chiffre d'affaires encaissé pour les prestations de services et un plafond de 200 000 dirhams, convient tant que les revenus restent modestes et les payeurs diversifiés. Vérifiez d'abord votre éligibilité.

Dois-je déclarer les revenus reçus de plateformes étrangères ?

Oui. Un résident fiscal marocain est imposable sur ses revenus mondiaux, sous réserve de l'application des conventions de non-double imposition. S'y ajoute un sujet distinct : la réglementation des changes, qui encadre l'encaissement et le rapatriement des devises.

Les cadeaux et voyages reçus de marques sont-ils imposables ?

Un avantage reçu en contrepartie d'une prestation constitue un élément de rémunération, quelle que soit sa forme. Lorsqu'une publication est attendue, il ne s'agit pas d'un cadeau. Contractualisez les opérations en nature en indiquant la valeur de la dotation et la contrepartie.

Dois-je facturer la TVA ?

Sous le régime de l'auto-entrepreneur, non — et vous ne la récupérez pas non plus sur vos achats. Sous les autres régimes, la réponse dépend notamment du lieu d'établissement de votre client : les règles de territorialité doivent être vérifiées pour votre situation.

L'affiliation à la CNSS est-elle obligatoire ?

Oui sous le régime de l'auto-entrepreneur, depuis 2021, au titre du régime des travailleurs non salariés. La cotisation se règle avec l'impôt lors de la déclaration trimestrielle, et une cotisation minimale reste due même sans chiffre d'affaires.

Quand faut-il passer en société ?

Lorsque le chiffre d'affaires approche 200 000 dirhams, qu'un client dépasse 80 000 dirhams, que vos charges réelles sont significatives et non déductibles, ou que vos annonceurs exigent une structure et une facturation avec TVA.

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Le bon régime se choisit sur vos chiffres, pas sur une rumeur.

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