Conventions fiscales du Maroc : le tableau comparatif MRE 2026 | LEMBRA
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Conventions fiscales du Maroc : le tableau comparatif pour les MRE et investisseurs étrangers

Six conventions, six régimes différents, et une réalité que presque personne n'a intégrée : la baisse du taux marocain sur les dividendes a rendu plusieurs plafonds conventionnels inopérants. Le comparatif complet, le paramètre qui décide vraiment — le seuil de détention — et la bascule de 2027.

BL Par Brahim LEMNEBHI, expert-comptable et commissaire aux comptes · Mis à jour en août 2026 · Lecture 12 min
11,25 %Taux marocain sur les dividendes en 2026
10 %Taux marocain à compter du 1er janvier 2027
25 %Le seuil de détention exigé par la plupart des conventions

Le Maroc a conclu un réseau étendu de conventions de non-double imposition, qui le place parmi les pays africains les mieux couverts. Mais un réseau étendu n'est pas un réseau homogène : deux conventions signées le même jour, à Rabat, en juin 1972, ne prévoient pas les mêmes taux.

Cette page rassemble ce que nous avons établi dans nos six analyses détaillées, et met en évidence trois choses que la lecture pays par pays ne fait pas apparaître : l'inversion du rapport entre droit interne et plafonds conventionnels, le rôle décisif du seuil de détention, et l'échéance de 2027.

01Ce qu'une convention fait — et ne fait jamais

Trois idées fausses circulent, et elles coûtent cher.

  • Une convention ne crée jamais d'imposition. Elle répartit le droit d'imposer entre deux États et plafonne les retenues à la source. Lorsque le droit interne est plus favorable que le plafond, c'est le droit interne qui s'applique.
  • Une convention ne dispense jamais de déclarer. L'attribution du droit d'imposer au Maroc n'efface pas votre obligation déclarative dans votre pays de résidence, où le revenu est généralement à porter même s'il y est ensuite neutralisé.
  • Une convention ne s'applique pas toute seule. La société distributrice retient le taux de droit commun par défaut. Le taux conventionnel se demande, sur présentation d'une attestation de résidence fiscale, avant la mise en paiement.
À noter

Le droit interne marocain a évolué plus vite que les conventions

Plusieurs conventions marocaines datent des années 1970. Le taux interne sur les dividendes, lui, a été abaissé récemment. Résultat : certains plafonds conventionnels, autrefois protecteurs, sont désormais supérieurs au taux marocain et ne produisent plus aucun effet. C'est le phénomène central de cette page.

02Le tableau comparatif des six conventions

Retenues à la source plafonnées par les conventions que nous avons analysées en détail.

PaysDividendes — taux réduitSeuil de détentionDividendes — autres casIntérêts
Émirats arabes unis5 %10 %10 %10 %
Allemagne5 %25 %15 %à vérifier au texte
Belgique6,5 %25 %10 %à vérifier au texte
Espagne10 %25 %15 %10 %
Italie10 %25 %15 %10 %
France15 %10 % ou 15 % selon la nature

Deux enseignements immédiats. Les Émirats cumulent le taux le plus bas et le seuil le plus accessible — 10 % là où les conventions européennes exigent 25 %. Et la France, qui concerne pourtant la première communauté marocaine à l'étranger, est la seule à ne prévoir aucun taux réduit sur les dividendes.

Les taux applicables aux redevances varient selon la nature du droit concédé et figurent dans chaque analyse détaillée. Là où la colonne indique « à vérifier au texte », nous n'avons pas retenu de chiffre faute de source suffisamment fiable : c'est volontaire.

03L'inversion : quand le droit interne devient plus favorable

Le taux marocain de droit commun sur les dividendes est de 11,25 % en 2026. Confrontez-le au tableau précédent, et le classement change complètement.

PaysEffet réel de la convention en 2026
FrancePlafond de 15 % supérieur au taux interne : aucun effet. L'attestation de résidence ne change rien sur ce point.
Espagne, Italie, Allemagne — sous le seuilPlafond de 15 % supérieur au taux interne : aucun effet.
Espagne, Italie — au-dessus du seuil10 % contre 11,25 % : gain de 1,25 point.
Belgique — cas général10 % contre 11,25 % : gain de 1,25 point.
Belgique — au-dessus du seuil6,5 % contre 11,25 % : gain de 4,75 points.
Allemagne — au-dessus du seuil5 % contre 11,25 % : gain de 6,25 points.
Émirats10 % dans tous les cas, 5 % dès 10 % de détention : gain systématique.

Autrement dit : pour un résident de France, réclamer le taux conventionnel sur les dividendes ne sert à rien. Pour un résident d'Allemagne détenant via une société, cela vaut 6,25 points sur chaque distribution. Deux investisseurs européens, deux situations sans rapport.

04Le seuil de détention, paramètre décisif

C'est le vrai sujet, et il se traite avant de constituer, jamais après.

Quatre des six conventions réservent leur taux réduit à un bénéficiaire détenant une participation minimale — 25 % dans les cas européens, 10 % pour les Émirats. Plusieurs exigent en outre que ce bénéficiaire soit une société, et non une personne physique.

100 000 DH distribués en 2026 — retenue à la source marocaine
Personne physique résidente de France11 250 DH
Personne physique résidente de Belgique10 000 DH
Société espagnole ou italienne détenant ≥ 25 %10 000 DH
Société belge détenant ≥ 25 %6 500 DH
Société allemande détenant ≥ 25 %5 000 DH
Point de vigilance

Un gain à la source peut être perdu à l'arrivée

Interposer une société pour capter un taux réduit n'a d'intérêt que si la remontée des fonds jusqu'à vous, dans votre pays de résidence, ne coûte pas davantage. L'arbitrage se fait sur la chaîne complète — retenue marocaine, imposition de la société intermédiaire, imposition de la redistribution — et suppose une coordination avec votre conseil local. Il doit aussi intégrer le coût de fonctionnement de la structure et les exigences de substance.

05La bascule de 2027, pays par pays

Le taux marocain passera de 11,25 % à 10 % au 1er janvier 2027. Cette baisse produit un effet mécanique sur chaque convention.

Situation2026À partir de 2027
France, et cas sous le seuilAucun gainAucun gain
Espagne et Italie, au-dessus du seuilGain de 1,25 pointGain nul — le plafond rejoint le taux interne
Belgique, cas généralGain de 1,25 pointGain nul
Belgique au-dessus du seuil, Allemagne au-dessus du seuil, ÉmiratsGain significatifGain maintenu, mais réduit
À retenir

2026 est une année charnière pour certains profils

Si vous êtes résident d'Espagne ou d'Italie et que vous détenez au moins 25 % du capital, 2026 est la dernière année où l'obtention de votre certificat de résidence produit un gain sur les dividendes. À l'inverse, si vous êtes sous le seuil, différer une distribution à 2027 fait baisser votre retenue sans aucune démarche. L'arbitrage se pose avec votre besoin de trésorerie, pas dans l'abstrait.

Précision importante : la convention conserve toute son utilité au-delà des dividendes — intérêts, redevances, revenus immobiliers, salaires, pensions, plus-values et élimination de la double imposition. Seul son effet à la source sur les distributions s'estompe.

06Ce que la convention ne règle jamais

Trois sujets échappent complètement au droit conventionnel, et ce sont ceux qui bloquent le plus de dossiers en pratique.

SujetCe qui s'applique réellement
Le transfert des fonds vers l'étrangerLa réglementation des changes, pas la fiscalité. Un investissement financé en devises et documenté ouvre le droit au transfert ; à défaut, aucune convention ne le rétablit. Voir notre article sur le rapatriement des bénéfices.
Vos obligations déclaratives localesLe droit interne de votre pays de résidence. Plusieurs États sanctionnent l'omission déclarative indépendamment de l'impôt dû, et imposent des déclarations spécifiques aux avoirs détenus à l'étranger.
La substance de vos structuresLes notions de bénéficiaire effectif et de siège de direction effective. Une société sans activité réelle ne sécurise aucun avantage conventionnel.

Ajoutons un élément de contexte souvent ignoré : l'échange automatique d'informations entre administrations fiscales est devenu la norme. Un compte bancaire marocain détenu par un résident européen est, en principe, connu de son administration nationale. Le raisonnement fondé sur l'invisibilité n'a plus cours.

07Lire une convention en vingt minutes

Si votre pays de résidence ne figure pas parmi les six que nous avons traités, voici la méthode que nous appliquons nous-mêmes, dans l'ordre.

  1. Identifier le texte applicable et ses avenants. Une convention modifiée se lit dans sa version consolidée, jamais dans le texte d'origine.
  2. Article « Résident » : lire les critères de départage, en cascade. Ils décident de tout le reste.
  3. Article « Dividendes » : relever le taux général, le taux réduit, le seuil de détention et la qualité exigée du bénéficiaire.
  4. Comparer au droit interne marocain. Si le plafond conventionnel est supérieur, il ne sert à rien. C'est l'étape que tout le monde saute.
  5. Articles « Intérêts » et « Redevances », si vous financez par compte courant ou facturez des licences.
  6. Article « Gains en capital » : vérifier le sort des plus-values sur titres et l'existence d'une clause de prépondérance immobilière.
  7. Article « Élimination de la double imposition » : identifier la méthode — exemption avec progressivité ou crédit d'impôt. Elles ne produisent pas le même résultat.
  8. Articles « Pensions » et « Établissement stable », selon votre projet.

Les textes officiels sont publiés par la Direction Générale des Impôts marocaine, et par l'administration fiscale de votre pays de résidence pour la version qui y fait foi.

08Les pièces à réunir chaque année

  1. L'attestation de résidence fiscale délivrée par votre pays de résidence, datée de l'année concernée.
  2. Les justificatifs de détention si vous revendiquez un taux réduit lié à un seuil.
  3. Le procès-verbal d'assemblée décidant la distribution.
  4. La quittance de retenue à la source marocaine, indispensable à l'imputation dans votre pays.
  5. Les attestations de cession de devises de vos apports d'origine, sans lesquelles le transfert des fonds ne pourra pas s'opérer.

Les quatre premières concernent la fiscalité, la cinquième la réglementation des changes. Elles se complètent : une distribution fiscalement optimisée mais non transférable ne vous sert à rien.

Votre pays de résidence n'est pas dans le tableau ?

Nous analysons la convention applicable à votre situation, la comparons au droit interne marocain et chiffrons l'écart réel avant toute décision.

Voir notre accompagnement

+Nos analyses détaillées, pays par pays

  • France-Maroc — convention de 1970, avenant de 1989, et le plafond de 15 % devenu sans effet.
  • Belgique-Maroc — convention de 2006, dividendes à 10 % ou 6,5 %, réserve de progressivité.
  • Espagne-Maroc — convention de 1978, seuil de 25 %, et le risque déclaratif IRPF.
  • Allemagne-Maroc — convention de 1972, le taux de 5 % et l'arbitrage de structure.
  • Italie-Maroc — convention de 1972, et la bascule de 2027 en détail.
  • Maroc-Émirats arabes unis — convention de 1999, seuil de 10 %, plus-values sur titres et substance.

Le cadre général de l'investissement depuis l'étranger — création à distance, réglementation des changes, rapatriement, aides publiques — figure dans notre guide de l'investisseur MRE.

BL
Brahim LEMNEBHI
Expert-comptable · Commissaire aux comptes · Inscrit à l'Ordre des Experts-Comptables du Maroc

Fondateur de LEMBRA CONSEIL à Casablanca, Brahim accompagne les investisseurs non-résidents dans l'application des conventions de non-double imposition conclues par le Maroc, en coordination avec leurs conseils dans leur pays de résidence.

Questions fréquentes

Conventions fiscales : vos questions

Une convention fiscale peut-elle augmenter mon impôt ?

Non. Une convention répartit le droit d'imposer et plafonne les retenues à la source ; elle n'établit jamais une imposition. Lorsque le droit interne est plus favorable que le plafond conventionnel, c'est le droit interne qui s'applique.

Quel est le taux marocain de retenue sur les dividendes ?

11,25 % pour les distributions mises en paiement en 2026, puis 10 % à compter du 1er janvier 2027. Ce taux s'applique quel que soit l'exercice d'origine des bénéfices distribués.

Quelle est la convention la plus favorable sur les dividendes ?

Celle conclue avec les Émirats arabes unis : elle prévoit 5 % dès 10 % de détention — le seuil le plus bas — et 10 % dans tous les autres cas. Côté européen, la convention allemande offre 5 %, mais à partir de 25 % de détention et pour une société uniquement.

Pourquoi la convention française ne réduit-elle rien ?

Parce que son plafond sur les dividendes est de 15 %, supérieur au taux marocain de droit commun de 11,25 % applicable en 2026. Le plafond n'étant pas atteint, c'est le taux interne qui s'applique.

Le taux conventionnel s'applique-t-il automatiquement ?

Non. La société distributrice retient le taux de droit commun par défaut. Le bénéfice du taux réduit suppose la remise d'une attestation de résidence fiscale de l'année concernée, avant la mise en paiement, et le cas échéant des justificatifs de détention.

Faut-il créer une société dans mon pays pour bénéficier du taux réduit ?

Pas automatiquement. L'économie réalisée à la source doit être comparée au coût de fonctionnement de la structure et au traitement fiscal de la remontée des fonds jusqu'à vous. L'arbitrage porte sur la chaîne complète, pas sur la seule retenue marocaine.

La convention me dispense-t-elle de déclarer dans mon pays de résidence ?

Non. L'attribution du droit d'imposer au Maroc n'efface pas l'obligation déclarative locale. Plusieurs pays sanctionnent l'omission indépendamment de l'impôt dû et imposent des déclarations spécifiques aux avoirs détenus à l'étranger.

Une convention garantit-elle le transfert de mes fonds vers l'étranger ?

Non. Le transfert relève de la réglementation des changes, pas de la fiscalité. Il suppose que l'investissement ait été financé en devises et correctement documenté depuis l'origine.

Passons à l'action

Un écart de six points se calcule avant de constituer.

Analyse de la convention applicable à votre pays de résidence, comparaison avec le droit interne marocain, arbitrage de structure et de calendrier, préparation des pièces à remettre à la société distributrice. Premier échange confidentiel et sans engagement, réponse sous 24 h.

Tél. +212 6 61 74 13 67 · +212 7 01 17 88 69
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