Créer une société au Maroc depuis l'étranger : SARL, SAS ou SA (2026) | LEMBRA CONSEIL
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Création d'entrepriseNon-résidents

Créer une société au Maroc depuis l'étranger : SARL, SAS ou SA, procédure et délais réels

Un non-résident peut détenir 100 % du capital d'une société marocaine et la diriger sans jamais résider au Maroc. Reste à choisir la bonne forme, à régler la domiciliation, à rédiger une procuration qui tienne au guichet — et à savoir laquelle des sept étapes prend réellement du temps.

BL Par Brahim LEMNEBHI, expert-comptable et commissaire aux comptes · Mis à jour en août 2026 · Lecture 11 min
100 %Part du capital qu'un non-résident peut détenir
Aucun minimumCapital social exigé pour une SARL depuis la loi 24-10
2 à 3 semainesDélai courant lorsque le dossier est complet

« Faut-il un associé marocain ? » est la première question que l'on nous pose, et la réponse est non. La loi marocaine ne fait aucune distinction entre investisseurs marocains et étrangers : un non-résident peut créer et détenir 100 % du capital d'une société marocaine sans titre de séjour, un passeport valide suffit.

La difficulté est ailleurs. Elle tient à trois points que les guides généralistes traitent mal : le choix de la forme sociale au regard de votre projet réel, la domiciliation du siège — qui bloque plus de dossiers que tout le reste — et la rédaction de la procuration donnée à votre mandataire sur place.

01Ce que la loi permet à un non-résident

Les textes qui régissent les sociétés commerciales marocaines — la loi 5-96 pour les SARL, la loi 17-95 pour les sociétés anonymes, la loi 19-20 pour la société par actions simplifiée — ne comportent aucune condition de nationalité ni de résidence pour être associé ou dirigeant.

  • Détention du capital : jusqu'à 100 % par un ou plusieurs non-résidents, dans la grande majorité des secteurs d'activité.
  • Direction : un non-résident peut être gérant de SARL, président de SAS ou administrateur de SA, sans titre de séjour.
  • Présence physique : non requise pour les formalités, dès lors qu'un mandataire agit sur procuration.
À noter

Deux réserves à vérifier avant de se lancer

Certaines activités réglementées — transport, sécurité privée, secteurs soumis à agrément — imposent des conditions particulières d'actionnariat ou de direction. Par ailleurs, si vous exercez personnellement une activité au Maroc, la question du titre de séjour se pose sur le terrain du droit des étrangers, distinct du droit des sociétés. Détenir des parts et diriger à distance n'exige rien ; venir travailler sur place, si.

02SARL, SARL AU, SAS ou SA : le tableau de décision

La SARL représente l'écrasante majorité des sociétés créées au Maroc. Ce n'est pas un hasard, mais ce n'est pas non plus une règle absolue.

FormeAssociésQuand la choisirPoint d'attention
SARL2 à 50Commerce, services, immobilier d'exploitation, restauration, petite industrie. Le choix par défaut.Cession de parts encadrée : l'entrée d'un nouvel associé suppose l'agrément des autres.
SARL à associé unique1Porteur de projet seul. Évite le recours à un associé de complaisance.Vigilance sur la confusion entre patrimoine personnel et social.
SAS1 ou plusieursStart-ups, joint-ventures, projets destinés à une levée de fonds. Liberté statutaire très large.Introduite par la loi 19-20 en 2021, elle reste peu familière à certains partenaires institutionnels, ce qui peut ralentir des démarches bancaires ou administratives.
Société anonymePlusieursProjets à fort capital, gouvernance institutionnelle, activités réglementées.Commissaire aux comptes obligatoire dès la constitution, quelle que soit la taille.

Notre recommandation, pour un investisseur non-résident qui démarre : la SARL, ou la SARL à associé unique s'il est seul. Elle se crée vite, se gère simplement, et se transforme si le projet grandit. La SAS séduit sur le papier par sa souplesse statutaire, mais son manque de familiarité auprès de certaines banques peut coûter des semaines au moment précis où vous voulez ouvrir un compte depuis l'étranger — un arbitrage à poser lucidement.

03Le capital : combien mettre réellement

Depuis la réforme de la loi 5-96 par la loi 24-10, aucun capital minimum n'est légalement exigé pour une SARL : il est librement fixé par les associés dans les statuts. Techniquement, un dirham suffit.

En pratique, un capital symbolique est une mauvaise idée pour un projet porté depuis l'étranger. Il vous fragilise face à trois interlocuteurs : la banque qui instruira votre demande de compte puis de crédit, les fournisseurs qui consulteront votre modèle J, et l'administration si votre société sollicite un jour un dispositif d'aide publique.

À retenir

Deux règles pratiques sur le capital

Le blocage bancaire du capital devient obligatoire lorsqu'il dépasse 100 000 dirhams ; en dessous, il reste recommandé car il matérialise l'engagement des associés. Au moins le quart du capital en numéraire doit être libéré à la constitution, le solde dans le délai légal. Enfin, pour un investisseur non-résident, la libération du capital doit impérativement se faire en devises depuis l'étranger : c'est ce qui ouvrira, plus tard, le droit au transfert des dividendes et du produit de cession.

Ce dernier point est celui que l'on regrette le plus souvent. Un capital libéré avec des fonds déjà présents au Maroc ne bénéficie pas du régime de transfert. Voir notre article sur le rapatriement des bénéfices et du capital.

04La domiciliation, premier obstacle réel

C'est le point que la plupart des guides omettent et qui bloque le plus de créations. Sans adresse de siège social valide et conforme, le dossier n'est pas déposable. À Casablanca, le CRI n'accepte pas n'importe quelle adresse : il faut soit un centre de domiciliation homologué, soit un bail enregistré.

Pour un non-résident, trois options :

  • Un centre de domiciliation agréé — la solution la plus rapide, avec un contrat de domiciliation opposable et une adresse commerciale crédible. C'est la voie que nous recommandons au démarrage.
  • Un bail commercial enregistré — pertinent si l'activité suppose un local dès le départ, mais suppose d'avoir déjà trouvé et signé, donc d'avoir été sur place ou d'avoir mandaté quelqu'un.
  • La domiciliation chez le gérant — envisageable dans certains cas, inadaptée lorsque le gérant réside à l'étranger.
Point de vigilance

Le contrat de domiciliation n'est pas une formalité de façade

Le domiciliataire est tenu à des obligations légales et il vous transmettra vos courriers administratifs — notifications fiscales comprises. Un domiciliataire non agréé, ou négligent, vous expose à découvrir un contrôle fiscal après l'expiration du délai de réponse. Vérifiez l'agrément, et convenez d'un mode de réexpédition électronique immédiat.

05La procuration : le document qui décide de tout

C'est la pièce qui permet de tout faire à distance. Trop étroite, elle bloque votre mandataire au guichet ; trop large, elle vous expose. Elle doit être légalisée et, selon votre pays de résidence, apostillée ou légalisée par le consulat marocain.

Les pouvoirs à mentionner explicitement, faute de quoi le mandataire sera refoulé :

  1. Demander et retirer le certificat négatif auprès de l'OMPIC.
  2. Signer les statuts et tous actes constitutifs, et souscrire au capital pour votre compte.
  3. Ouvrir le compte bancaire au nom de la société en formation et y déposer les fonds.
  4. Accomplir les formalités d'enregistrement, de dépôt légal et d'immatriculation au registre du commerce.
  5. Effectuer les déclarations fiscales et sociales initiales — identifiant fiscal, ICE, taxe professionnelle, affiliation CNSS.
  6. Signer le contrat de domiciliation ou le bail.

Prévoyez une durée de validité suffisante et, si vous le souhaitez, une limitation en montant sur les opérations bancaires. Rédigez-la avant de lancer quoi que ce soit : son acheminement postal et sa légalisation prennent souvent plus de temps que les formalités elles-mêmes.

06Les sept étapes et les délais réels

Le processus complet prend en moyenne deux à trois semaines ouvrables lorsque le dossier est complet, certaines étapes pouvant se chevaucher. Avec un dossier parfaitement préparé, cinq à dix jours ouvrés sont atteignables.

Déroulé indicatif — dossier complet
1. Certificat négatif (OMPIC)1 à 2 jours
2. Rédaction et signature des statuts2 à 5 jours
3. Domiciliation du siège socialen parallèle
4. Dépôt du capital et attestation de blocage1 à 3 jours
5. Enregistrement et dépôt légal2 à 4 jours
6. Immatriculation au registre du commerce3 à 5 jours
7. Identifiant fiscal, ICE, taxe professionnelle, CNSS2 à 5 jours
Durée totale courante2 à 3 semaines

Ces délais supposent un dossier sans défaut. Un dossier incomplet ou des erreurs dans les statuts entraînent des allers-retours coûteux en temps : refus d'enregistrement, rejet au registre du commerce, reprise de la rédaction et nouvelle légalisation des signatures — laquelle, pour un associé résidant à l'étranger, signifie un nouvel aller-retour postal international.

À noter

Le compte bancaire définitif ne suit pas le même calendrier

Le compte « société en formation » qui reçoit le capital et le compte professionnel définitif sont deux choses distinctes. Le second suit les règles de conformité propres à chaque banque : justificatif de domicile à l'étranger, origine des fonds, parfois un entretien. C'est presque toujours l'étape la plus longue du projet, et elle ne dépend ni du CRI ni de votre conseil. Engagez-la en parallèle des formalités, jamais après.

07Après l'immatriculation : ce qui commence

L'immatriculation n'est pas la fin du projet, c'est le début des obligations. Dès le premier jour, votre société est soumise au droit commun marocain, sans aménagement lié à l'éloignement de son dirigeant.

ObligationCe qu'elle implique
ComptabilitéTenue conforme au Code Général de Normalisation Comptable, en dirhams, pièces justificatives conservées au Maroc.
Déclarations fiscalesTVA selon le régime applicable, acomptes et déclaration d'impôt sur les sociétés, retenues à la source.
Obligations socialesAffiliation et déclarations CNSS dès le premier salarié.
Assemblée générale annuelleApprobation des comptes dans les six mois de la clôture, avec affectation du résultat.
Réserve légaleAffectation annuelle d'au moins 5 % du bénéfice net, jusqu'à atteindre 20 % du capital social.
Commissariat aux comptesObligatoire pour toute SA ; pour une SARL, au-delà de 50 millions de dirhams de chiffre d'affaires. Voir notre page commissaire aux comptes à Casablanca.

Une société qui n'a pas encore démarré son activité n'est pas dispensée de déclarations. C'est l'un des pièges les plus coûteux : des défauts déclaratifs s'accumulent silencieusement pendant deux ou trois ans, et ressortent au moment où vous voulez ouvrir une ligne de crédit, vendre, ou rapatrier des fonds.

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08Cinq erreurs fréquentes

  1. Libérer le capital avec des fonds déjà au Maroc. L'apport perd le bénéfice du régime de transfert, définitivement.
  2. Rédiger un objet social trop étroit. Vous devrez modifier les statuts au premier élargissement d'activité — assemblée, enregistrement, publicité, frais. Rédigez large dès l'origine.
  3. Choisir la SAS par principe. Sa souplesse statutaire est réelle, mais elle reste moins familière à certains guichets bancaires et administratifs. Pour un premier projet piloté à distance, la friction n'en vaut pas toujours la peine.
  4. Sous-dimensionner la procuration. Un pouvoir manquant, et c'est une nouvelle légalisation avec acheminement international à la clé.
  5. Attendre l'immatriculation pour lancer l'ouverture du compte définitif. C'est le chemin critique du projet, à démarrer en premier.

Le cadre général de l'investissement depuis l'étranger — résidence fiscale, change, rapatriement — est détaillé dans notre guide de l'investisseur MRE.

BL
Brahim LEMNEBHI
Expert-comptable · Commissaire aux comptes · Inscrit à l'Ordre des Experts-Comptables du Maroc

Fondateur de LEMBRA CONSEIL à Casablanca, Brahim accompagne les Marocains résidant à l'étranger et les investisseurs étrangers dans la constitution de leurs sociétés marocaines, de la rédaction des statuts jusqu'à la mise en route comptable et fiscale.

Questions fréquentes

Créer sa société à distance : vos questions

Faut-il un associé marocain pour créer une société au Maroc ?

Non. La loi marocaine ne fait aucune distinction entre investisseurs marocains et étrangers. Un non-résident peut créer et détenir 100 % du capital sans titre de séjour : un passeport en cours de validité suffit. La SARL à associé unique permet même de se passer de tout second associé.

Quel capital minimum faut-il pour une SARL ?

Aucun depuis la réforme de la loi 5-96 par la loi 24-10 : le capital est librement fixé par les associés. En pratique, un capital trop faible nuit à la crédibilité auprès des banques et des partenaires. Le blocage bancaire devient obligatoire au-delà de 100 000 dirhams, et au moins le quart du capital en numéraire doit être libéré à la constitution.

Combien de temps faut-il réellement ?

Deux à trois semaines ouvrables en moyenne lorsque le dossier est complet, certaines étapes pouvant se chevaucher. Cinq à dix jours ouvrés sont atteignables avec un dossier parfaitement préparé. L'ouverture du compte bancaire professionnel définitif suit en revanche son propre calendrier, souvent plus long.

Peut-on tout faire sans venir au Maroc ?

Oui pour les formalités de constitution, au moyen d'une procuration légalisée et, selon le pays, apostillée. La seule étape susceptible d'exiger votre présence ou un entretien est l'ouverture du compte professionnel, selon la politique de conformité de la banque.

SARL ou SAS pour une start-up ?

La SAS, introduite par la loi 19-20, offre une liberté statutaire très large, adaptée aux levées de fonds et aux pactes d'associés complexes. Son inconvénient est pratique : elle reste peu familière à certains partenaires institutionnels, ce qui peut ralentir des démarches. Pour un premier projet piloté à distance, la SARL reste souvent le choix le plus fluide.

Où domicilier le siège social si je n'ai pas de local ?

Chez un centre de domiciliation agréé, avec contrat de domiciliation. À Casablanca, le CRI exige soit un centre homologué, soit un bail enregistré : une simple attestation d'hébergement ne suffit pas.

Un non-résident peut-il être gérant ?

Oui, sans condition de nationalité ni de résidence. La gestion à distance suppose en revanche des pouvoirs bancaires bien calibrés et un interlocuteur comptable sur place pour tenir les échéances déclaratives.

Ma société doit-elle déclarer même sans activité ?

Oui. Une société immatriculée mais inactive reste tenue de ses obligations déclaratives fiscales et de la tenue de sa comptabilité. Les manquements s'accumulent sans bruit et ressortent lors d'une demande de crédit, d'une cession ou d'un rapatriement de fonds.

Passons à l'action

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