L'Office des Changes a publié le 31 décembre 2025 la nouvelle version de son Instruction Générale des Opérations de Change, dont les dispositions sont entrées en vigueur le 1er janvier 2026. Elle remplace celle de 2024 et s'inscrit dans la vision stratégique 2025-2029 de l'institution.
Ce n'est pas une simple mise à jour de plafonds. L'IGOC 2026 restructure les dispositions selon la nature des opérations et le profil des usagers, dans une logique de lisibilité : on ne cherche plus une règle par circulaire successive, mais par situation. Pour les cabinets comme pour les directions financières, c'est un changement de méthode de travail autant que de contenu.
Voici ce qui change concrètement, sujet par sujet, avec ce que cela implique en pratique.
01Ce qu'est l'IGOC, et pourquoi la version 2026 compte
Le dirham n'est pas librement convertible. Toute opération financière entre le Maroc et l'étranger — investir, importer un service, payer un abonnement logiciel, financer les études d'un enfant, rapatrier un dividende — s'inscrit dans un cadre défini par l'Office des Changes. L'Instruction Générale des Opérations de Change est le document qui rassemble ces règles et que les banques appliquent au guichet.
Trois évolutions structurent la version 2026.
- Une nouvelle architecture. Les dispositions sont classées par nature d'opération et par profil d'usager, ce qui réduit sensiblement le temps passé à déterminer quelle règle s'applique à un cas donné.
- Une élaboration participative. Le texte a été préparé en concertation avec les associations professionnelles et les institutionnels, et appuyé par des études d'impact. L'Office a présenté ses dispositions au Conseil National de l'Ordre des Experts-Comptables le 24 février 2026 à Casablanca, ainsi qu'à la CGEM une semaine plus tôt.
- Une accessibilité élargie. L'Instruction sera également disponible en arabe et en anglais sur le portail de l'Office — un signal clair à destination des investisseurs étrangers.
La direction générale est à l'assouplissement, pas à la libéralisation totale
L'Office parle d'une libéralisation « progressive et maîtrisée », visant à soutenir l'investissement et l'internationalisation des entreprises tout en préservant les équilibres extérieurs du Royaume. Autrement dit : plus de souplesse sur les montants et les procédures, mais le principe d'un cadre réglementé demeure. Les obligations de justification et de déclaration, elles, ne disparaissent pas.
02Ce qui change pour les MRE
La mesure la plus significative concerne le financement immobilier. L'IGOC 2026 prévoit un assouplissement en faveur des Marocains résidant à l'étranger au titre des crédits immobiliers en dirhams, désormais ouverts à toute opération d'acquisition de biens immeubles au Maroc, sans limitation du nombre de biens. Ces crédits peuvent couvrir jusqu'à 80 % de la valeur du bien, contre 70 % auparavant.
| Point | Avant | IGOC 2026 |
|---|---|---|
| Quotité de financement | 70 % de la valeur du bien | Jusqu'à 80 % |
| Nombre de biens finançables | Encadré | Sans limitation du nombre de biens |
| Apport en devises | Nécessaire à hauteur du solde | Réduit d'autant, à mobiliser ailleurs |
L'effet pratique est mécanique mais rarement expliqué. Sur une acquisition d'un million de dirhams, l'apport en devises nécessaire passe de 300 000 à 200 000 dirhams. Les 100 000 dirhams libérés peuvent financer un second projet, ou renforcer un apport dans une société d'exploitation.
Emprunter davantage ne dispense pas de tracer l'apport
La part financée en devises reste soumise aux mêmes exigences documentaires. C'est elle, et non le crédit bancaire local, qui ouvrira plus tard votre droit au transfert du produit de revente. Réclamez systématiquement l'attestation de cession de devises pour chaque virement, y compris pour un apport réduit. Voir notre article sur le rapatriement des bénéfices et du capital.
03Dotations des personnes physiques : les nouveaux plafonds
La dotation annuelle pour voyages personnels voit son plafond global relevé. La dotation de base reste fixée à 100 000 DH par personne et par an. En revanche, la dotation supplémentaire, calculée sur la base de 30 % de l'impôt sur le revenu payé au titre de l'année précédente, est désormais portée à un maximum de 400 000 DH, contre 200 000 DH auparavant.
Une conséquence indirecte mérite d'être signalée : la dotation supplémentaire étant indexée sur l'impôt sur le revenu effectivement acquitté, elle récompense mécaniquement les contribuables déclarants. Pour un dirigeant qui s'interroge sur l'arbitrage entre rémunération et distribution, ce paramètre entre désormais dans le calcul.
L'Instruction relève par ailleurs les plafonds applicables aux séjours d'études à l'étranger et introduit plusieurs mesures adaptées aux besoins des personnes physiques. Les montants exacts figurent dans le texte publié sur le portail de l'Office des Changes.
04Entreprises et opérateurs catégorisés
Côté entreprises, l'IGOC 2026 poursuit trois objectifs affichés : soutenir l'investissement, promouvoir les exportations et simplifier les opérations courantes avec l'étranger.
- La dotation octroyée aux opérateurs catégorisés est relevée à 1,5 million de dirhams, au lieu d'un million.
- Le régime des importations de services est amélioré, ce qui concerne directement toute entreprise payant des licences logicielles, de l'hébergement, du conseil ou de la publicité en ligne à l'étranger.
- Les instruments de couverture contre le risque de change sont renforcés — un sujet longtemps réservé aux grands groupes et qui devient accessible aux PME exportatrices.
- Les voyages d'affaires et le commerce électronique font l'objet de facilités spécifiques.
Le statut d'opérateur catégorisé devient plus rentable
Avec une dotation portée à 1,5 million de dirhams, l'écart entre une entreprise catégorisée et une entreprise qui ne l'est pas se creuse. Si votre société réalise des opérations régulières avec l'étranger, l'obtention du statut mérite un examen sérieux : le gain de souplesse dépasse désormais nettement le coût de la démarche.
05Start-ups labellisées et commerce électronique
C'est la rupture la plus commentée. Les start-ups technologiques labellisées par l'Agence de Développement du Digital peuvent désormais investir à l'étranger jusqu'à 10 millions de dirhams par an, sans avoir à justifier de trois années d'activité ni à faire certifier leurs comptes par un commissaire aux comptes.
Sur le volet e-commerce, la dotation au profit des start-ups labellisées ADD passe à 2 millions de dirhams, contre un million précédemment. L'Instruction instaure par ailleurs une dotation minimale annuelle de 50 000 dirhams par année civile pour les sociétés de droit marocain.
La suppression de l'obligation de certification n'est pas une dispense comptable
L'assouplissement porte sur une condition d'accès à un dispositif de change, pas sur les obligations comptables de l'entreprise. Une start-up labellisée reste tenue de tenir une comptabilité régulière et de déposer ses états de synthèse. Et si elle prend la forme d'une société anonyme, la désignation d'un commissaire aux comptes demeure obligatoire au titre du droit des sociétés — voir notre page sur le commissaire aux comptes à Casablanca.
La dotation minimale de 50 000 dirhams par année civile pour toute société de droit marocain est, elle, une mesure discrète mais utile aux petites structures : elle sécurise un socle de dépenses en devises — abonnements SaaS, publicité en ligne, hébergement — sans avoir à monter un dossier spécifique.
06Cessions de titres : la garantie d'actif et de passif
L'Instruction élargit les possibilités offertes aux résidents en autorisant la prise d'engagements de garantie d'actif et de passif au profit d'investisseurs non-résidents lors des cessions d'actions ou de parts sociales.
Cette mesure paraît technique. Elle est en réalité déterminante pour le marché des fusions-acquisitions marocain. Dans toute opération de rachat, l'acquéreur exige du cédant qu'il garantisse l'exactitude des comptes et prenne à sa charge les passifs qui se révéleraient postérieurement à la cession — redressement fiscal sur un exercice antérieur, litige social, créance irrécouvrable. Sans possibilité de souscrire une telle garantie au profit d'un acheteur étranger, les cédants marocains se trouvaient dans une position inconfortable, souvent réglée par des montages indirects.
Concrètement, un investisseur étranger qui rachète une PME marocaine peut désormais obtenir la garantie usuelle dans les transactions internationales. Cela devrait fluidifier les opérations et améliorer les valorisations. Cela renforce aussi, mécaniquement, l'importance de la qualité des comptes présentés : une garantie d'actif et de passif se négocie d'autant mieux que les états financiers sont certifiés et que la due diligence ne révèle pas de surprise.
Une opération avec l'étranger à sécuriser ?
Investissement entrant, cession de titres, importation de services ou rapatriement : nous vérifions le régime applicable et la complétude de votre dossier avant l'opération.
07Ce qui n'a pas changé, et qui reste l'essentiel
Les commentaires se concentrent sur les nouveautés. Pour un investisseur non-résident, l'essentiel se trouve pourtant dans ce que l'IGOC 2026 n'a pas modifié.
| Principe | Ce qu'il implique |
|---|---|
| Le régime de convertibilité au bénéfice des investissements étrangers | Un investissement financé en devises et correctement déclaré ouvre droit au transfert des revenus, du capital et de la plus-value. |
| La traçabilité de l'apport | L'attestation de cession de devises reste la pièce qui prouve l'origine étrangère des fonds. Elle ne se reconstitue pas. |
| Le rôle des banques | Les intermédiaires agréés exécutent les transferts sur dossier complet, sans autorisation préalable dans le régime de droit commun. |
| La valeur réelle | Le produit de cession transférable doit correspondre à la valeur réelle des biens ou titres cédés. |
Un assouplissement de plafond ne rattrape jamais un défaut de traçabilité. C'est le message que nous répétons à chaque premier rendez-vous : la souplesse porte sur les montants, pas sur la preuve.
08Ce qu'il faut faire maintenant
Quatre actions concrètes, par ordre d'urgence décroissante.
- Recalculer votre dotation supplémentaire. Elle dépend de l'impôt sur le revenu acquitté au titre de l'année précédente, avec un plafond doublé. Si vous vous étiez arrêté à l'ancien plafond, refaites le calcul.
- Réexaminer un projet immobilier différé. La quotité portée à 80 % et l'absence de limitation du nombre de biens modifient l'équation d'un investissement locatif financé partiellement en devises.
- Vérifier votre éligibilité au statut d'opérateur catégorisé si vous réalisez des opérations régulières avec l'étranger.
- Reprendre les dossiers de cession en suspens. La possibilité de consentir une garantie d'actif et de passif à un acquéreur non-résident débloque des négociations qui butaient sur ce point.
Le texte intégral de l'IGOC 2026 est consultable et téléchargeable sur le portail de l'Office des Changes. Pour le cadre général de l'investissement depuis l'étranger, voir notre guide de l'investisseur MRE.