Retenue à la source sur les prestations de services au Maroc | LEMBRA
Expert-comptable & commissaire aux comptes · Casablanca · Fiscalité
FiscalitéPrestataires

Retenue à la source sur les honoraires et les prestations de services : ce que change l'article 157-I

Une retenue de 5 % s'applique aux rémunérations allouées à des tiers — honoraires, commissions, courtages, prestations de services — versées par un nombre croissant d'entreprises à compter du 1er juillet 2026. Pour un prestataire, ce n'est pas un impôt de plus : c'est 5 % de chaque facture encaissée plus tard. Voici qui retient, sur quoi, et ce qu'il faut installer.

BL Par Brahim LEMNEBHI, expert-comptable et commissaire aux comptes · Mis à jour le 24 août 2026 · Lecture 11 min
Article 157-ILe texte qui fonde la retenue sur les prestations
5 %Du montant hors TVA, imputable et restituable
MensuelLe versement — mais pas la déclaration
Pour vous repérer

Il n'y a pas une retenue à la source, mais plusieurs

Le mot désigne des dispositifs distincts, qui n'ont ni la même base légale, ni le même taux, ni le même champ. Les confondre conduit à appliquer la mauvaise règle. Cette page traite du premier de ces dispositifs.

DispositifBaseTauxOù en lire le détail
Rémunérations allouées à des tiersArticle 157-I du CGI5 % hors TVACette page
Produits de locationLoi de finances 20265 % hors TVARetenue sur les loyers
Taxe sur la valeur ajoutéeArticle 117-V du CGI75 % ou 100 % de la TVARetenue à la source en TVA

Un même prestataire peut être concerné par deux de ces dispositifs simultanément : la retenue de 5 % sur le montant hors taxe de sa prestation, et la retenue de la TVA qu'il a facturée. C'est le point que nous détaillons en section 06.

01Sur quelles sommes porte la retenue

L'article 157-I du Code général des impôts vise les rémunérations allouées à des tiers. En pratique, cela recouvre :

  • les honoraires — conseil, expertise, ingénierie, professions libérales ;
  • les commissions et les courtages ;
  • les prestations de services au sens large.

Le dispositif n'est pas nouveau. Avant la loi de finances 2026, la retenue s'appliquait déjà aux rémunérations versées par l'État, les collectivités locales, les établissements publics et certaines entreprises.

Ce qui change réellement

Ce n'est pas l'objet de la retenue qui s'élargit, c'est la liste de ceux qui doivent l'opérer

On lit souvent que « la retenue concerne désormais les personnes morales et non plus seulement les personnes physiques ». La formulation est trompeuse. Le changement porte d'abord sur les redevables de l'obligation de retenue : les établissements de crédit et organismes assimilés, les entreprises d'assurance et de réassurance, puis progressivement les entreprises selon leur chiffre d'affaires.

Pour un prestataire, la conséquence est directe : le nombre de vos clients qui retiendront 5 % va augmenter, par paliers, jusqu'en 2028.

02Qui doit retenir, et depuis quand

Deux catégories, avec des dates différentes.

Dès le 1er juillet 2026, sans condition de chiffre d'affaires : l'État, les collectivités locales et les établissements publics, auxquels s'ajoutent désormais les établissements de crédit et organismes assimilés ainsi que les entreprises d'assurance et de réassurance.

Progressivement, pour les autres entreprises, selon leur chiffre d'affaires hors TVA :

Date d'applicationChiffre d'affaires hors TVARetenue en matière d'IS
1er juillet 2026Égal ou supérieur à 500 000 000 MAD5 % hors TVA
1er janvier 2027Égal ou supérieur à 350 000 000 MAD5 % hors TVA
1er janvier 2028Égal ou supérieur à 200 000 000 MAD5 % hors TVA

Un mot sur le dernier palier : une entreprise réalisant 200 millions de dirhams de chiffre d'affaires n'est pas une petite entreprise. Le dispositif reste, même en 2028, réservé aux grandes structures — contrairement à ce que laissent entendre certains commentaires qui annoncent une extension aux PME.

03Taux, imputation et versement

ÉlémentRègle
Taux5 % du montant des rémunérations, hors TVA.
NatureUne avance : imputable sur l'impôt sur les sociétés dû par le bénéficiaire, avec restitution de l'excédent.
VersementAu Trésor, dans le mois suivant le paiement ou la mise à disposition des fonds.
État détailléJoint à la déclaration prévue à l'article 151-I du Code général des impôts, selon le modèle de l'administration.

La deuxième ligne mérite d'être répétée, parce qu'elle répond à l'inquiétude la plus courante : ce n'est pas un impôt supplémentaire. Le prestataire paiera le même impôt sur les sociétés. Ce qui change, c'est qu'une partie en est prélevée par son client, avant encaissement.

04Versement mensuel, déclaration annuelle

Voici une confusion qu'il faut lever, parce qu'elle fait produire chaque mois un document qui n'est pas attendu.

Deux obligations, deux rythmes
Verser au Trésor la retenue opéréeChaque mois
Produire l'état détaillé des rémunérationsAvec la déclaration de l'article 151-I

Certains commentaires évoquent des « déclarations mensuelles » assorties d'états détaillés. Le versement est mensuel ; l'état détaillé accompagne la déclaration des rémunérations allouées à des tiers, qui obéit à son propre calendrier.

La conséquence pratique est double : il faut un circuit de versement mensuel, rapide et fiable, et un registre tenu au fil de l'eau pour alimenter l'état détaillé le moment venu. Reconstituer ce registre en fin d'exercice, à partir des règlements, est possible mais long — et c'est là que naissent les omissions.

05L'articulation avec la retenue de TVA

Le même client peut être tenu d'opérer deux retenues sur la même facture, sur des bases différentes.

Retenue en matière d'ISRetenue en matière de TVA
Base légaleArticle 157-I du CGIArticle 117-V du CGI
AssietteLe montant hors TVA de la prestationLa TVA figurant sur la facture
Taux5 %75 % avec attestation de régularité fiscale, 100 % à défaut
Prestations viséesHonoraires, commissions, courtages, prestations de servicesCelles visées à l'article 89-I du CGI, notamment ses 5°, 10° et 12°
L'effet cumulé, en clair

Sur une facture de 100 000 dirhams hors taxe

Prenons une prestation facturée 100 000 MAD hors taxe, soumise à une TVA de 20 % — soit 120 000 MAD toutes taxes comprises, auprès d'un client entrant dans le champ des deux dispositifs.

  • Retenue en matière d'IS : 5 % de 100 000 = 5 000 MAD
  • Retenue de TVA, avec attestation : 75 % de 20 000 = 15 000 MAD
  • Encaissement effectif : 100 000 MAD, au lieu de 120 000

Sans attestation de régularité fiscale, la retenue de TVA passe à 100 % — soit 20 000 MAD — et l'encaissement tombe à 95 000 MAD. Les 5 000 MAD d'écart sont récupérables, mais plus tard.

L'exemple n'est qu'une illustration : le taux de TVA et l'entrée du client dans le champ des deux dispositifs doivent être vérifiés au cas par cas.

Le mécanisme de la retenue en matière de TVA, ses conditions et les obligations du client sont développés dans notre article dédié au régime de retenue à la source en matière de TVA.

Vos encaissements vont-ils changer au 1er juillet ?

Identification des clients entrant dans le champ, chiffrage de l'effet sur vos encaissements, et mise en place du suivi des retenues subies.

Découvrir notre offre fiscale

06Si vous êtes prestataire

C'est la situation la plus répandue, et celle qui demande le plus d'anticipation.

  • Identifiez vos clients concernés. Banques, assurances, secteur public dès juillet 2026 ; puis les grands comptes selon leur chiffre d'affaires. Si une part significative de votre activité vient de ces donneurs d'ordre, l'effet sur vos encaissements est immédiat.
  • Chiffrez l'effet sur votre trésorerie. Reprenez vos encaissements des douze derniers mois provenant de ces clients, et appliquez-leur les retenues. Le montant obtenu est l'avance que vous porterez, en permanence, à partir de juillet.
  • Obtenez et maintenez votre attestation de régularité fiscale. Elle détermine si la retenue de TVA sera de 75 % ou de 100 %. Sur une activité à volume, l'écart est considérable.
  • Exigez les attestations de retenue. Ce sont elles qui fondent votre imputation. Une retenue non justifiée est une avance perdue — et elle l'est d'autant plus facilement qu'elle n'apparaît nulle part dans vos propres écritures.
  • Suivez les imputations à la clôture, et évaluez l'opportunité d'une demande de restitution en cas d'excédent.
Le cas qui appelle le plus de vigilance

Un prestataire structurellement peu bénéficiaire

La retenue est assise sur le chiffre d'affaires, l'impôt sur le résultat. Une société de services à faible marge, en phase d'investissement, ou déficitaire, subit donc une retenue supérieure à l'impôt qu'elle doit.

L'excédent est restituable, mais la restitution mobilise une procédure et un délai. Pour ces structures, l'avance devient un poste permanent du besoin en fonds de roulement, et elle doit figurer au plan de trésorerie dès maintenant.

07Si vous devenez collecteur

Vous ne payez rien de plus, mais vous assumez une responsabilité nouvelle, assortie de sanctions.

  1. Identifier les paiements concernés dans votre circuit fournisseurs : honoraires, commissions, courtages, prestations de services. La difficulté est de les distinguer des achats de biens, ce qui suppose un paramétrage comptable adapté.
  2. Collecter les attestations de régularité fiscale de vos prestataires, et suivre leur validité. C'est ce document qui détermine le taux de retenue de TVA applicable.
  3. Adapter le circuit de règlement : le montant viré n'est plus celui de la facture.
  4. Informer vos prestataires avant la première échéance, et leur délivrer les attestations de retenue. Vous leur devez ce document : sans lui, ils ne peuvent pas imputer.
  5. Organiser le versement mensuel et tenir le registre qui alimentera l'état détaillé.

Le quatrième point est celui qui détermine la qualité de la relation. Un donneur d'ordre qui retient sans délivrer d'attestation place son prestataire dans une situation où il a payé un impôt qu'il ne peut pas prouver.

08Ce qu'il faut faire, et quand

ÉchéanceAction
ImmédiatementVérifier votre chiffre d'affaires hors TVA au regard du seuil de 500 millions de dirhams, et votre appartenance éventuelle aux catégories visées dès juillet 2026.
ImmédiatementSi vous êtes prestataire : recenser vos clients concernés et chiffrer l'effet sur vos encaissements.
Sans attendreDemander ou renouveler votre attestation de régularité fiscale. Elle conditionne 25 % de la TVA que vous encaissez.
Avant le 1er juillet 2026Si vous êtes collecteur : paramétrer l'identification des paiements concernés, collecter les attestations, adapter le circuit de règlement et informer vos prestataires.
Chaque mois, à partir de juilletVerser les retenues opérées, et alimenter le registre des rémunérations.
À la clôtureVérifier l'imputation des retenues subies et, le cas échéant, engager une demande de restitution.

La troisième ligne est celle qui produit le plus d'effet pour le moins d'efforts. L'attestation de régularité fiscale cesse d'être une formalité administrative : elle devient une condition de trésorerie.

L'ensemble des mesures de la loi de finances 2026 est détaillé dans notre analyse de la loi de finances 2026.

BL
Brahim LEMNEBHI
Expert-comptable · Commissaire aux comptes · Inscrit à l'Ordre des Experts-Comptables du Maroc

Fondateur de LEMBRA CONSEIL à Casablanca, Brahim accompagne les prestataires de services et les grands donneurs d'ordre dans la mise en œuvre des retenues à la source : identification du champ, chiffrage des effets de trésorerie et suivi des imputations.

Questions fréquentes

Retenue sur les prestations : vos questions

Sur quelles sommes porte la retenue de l'article 157-I ?

Sur les rémunérations allouées à des tiers : honoraires, commissions, courtages et prestations de services. Le taux est de 5 % du montant hors TVA.

Qui doit opérer cette retenue, et depuis quand ?

Dès le 1er juillet 2026 sans condition de chiffre d'affaires : l'État, les collectivités locales, les établissements publics, ainsi que les établissements de crédit et organismes assimilés et les entreprises d'assurance et de réassurance. Pour les autres entreprises, l'application est progressive : 500 millions de dirhams de chiffre d'affaires au 1er juillet 2026, 350 millions au 1er janvier 2027, 200 millions au 1er janvier 2028.

S'agit-il d'un impôt supplémentaire ?

Non. C'est une avance, imputable sur l'impôt sur les sociétés dû par le bénéficiaire, avec restitution de l'excédent. L'impôt final est inchangé : seul le moment du décaissement change.

La déclaration est-elle mensuelle ?

Non, et c'est une confusion fréquente. Le versement de la retenue au Trésor est mensuel, dans le mois suivant le paiement. L'état détaillé des rémunérations accompagne en revanche la déclaration prévue à l'article 151-I du Code général des impôts, qui obéit à son propre calendrier.

Peut-on subir deux retenues sur la même facture ?

Oui. Un même client peut opérer la retenue de 5 % sur le montant hors taxe au titre de l'article 157-I, et la retenue de la TVA facturée au titre de l'article 117-V — à hauteur de 75 % avec attestation de régularité fiscale, de 100 % à défaut.

Pourquoi l'attestation de régularité fiscale est-elle si importante ?

Parce qu'elle détermine si la TVA que vous facturez est retenue à 75 % ou à 100 %. Sur une activité à volume, l'écart de 25 % représente une trésorerie considérable. Anticipez sa demande et vérifiez sa validité avant chaque facturation importante.

Que faire si la retenue excède mon impôt ?

L'excédent est restituable, sur demande et avec un délai. Le cas est fréquent pour une société de services à faible marge, en phase d'investissement ou déficitaire : la retenue est assise sur le chiffre d'affaires, l'impôt sur le résultat. L'avance devient alors un poste permanent du besoin en fonds de roulement.

Quels justificatifs faut-il conserver ?

Les attestations de retenue délivrées par chaque client : elles fondent l'imputation. Un donneur d'ordre qui retient sans délivrer d'attestation place son prestataire dans une situation où il a payé un impôt qu'il ne peut pas prouver.

Les PME seront-elles concernées en 2028 ?

Non. Le dernier palier vise les entreprises réalisant au moins 200 millions de dirhams de chiffre d'affaires, ce qui reste très au-dessus du champ des petites et moyennes entreprises. Le dispositif demeure réservé aux grandes structures.

Comment me préparer si je deviens collecteur ?

En paramétrant l'identification des paiements concernés dans votre circuit fournisseurs, en collectant les attestations de régularité fiscale de vos prestataires, en adaptant le circuit de règlement, en informant vos prestataires et en leur délivrant les attestations de retenue, puis en organisant le versement mensuel et le registre des rémunérations.

Passons à l'action

5 % de chaque facture, encaissés plus tard. Autant le chiffrer.

Identification des clients ou fournisseurs entrant dans le champ, chiffrage de l'effet sur vos encaissements ou sur votre circuit de règlement, accompagnement sur l'attestation de régularité fiscale, mise en place du versement mensuel et du registre des rémunérations, et suivi des imputations et restitutions à la clôture. Premier échange confidentiel et sans engagement, réponse sous 24 h.

Tél. +212 6 61 74 13 67 · +212 7 01 17 88 69
E-mail contact@lembra-conseil.com
CENTER PRO, 50 lot Quartier Messimi, bureau n° 10, 4e étage, Casablanca
Retenue sur prestations
Consultation gratuite · 15 min
Voir l'offre fiscale
LEMBRACONSEILCasablanca

Cabinet d'expertise comptable et de commissariat aux comptes à Casablanca. Fiscalité, comptabilité, audit, création d'entreprise et conseil.

Contact